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Les bonnes nouvelles en Europe ne sont pas légion, mais celle-ci est d’importance. La victoire de Catherine Connolly à l’élection présidentielle irlandaise est portée par les exigences populaires de progrès, de paix et d’unité pour le pays.

 

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Il s’agit d’abord d’une défaite sans appel des deux partis libéral et conservateur qui monopolisent le pouvoir en Irlande depuis un siècle. Un véritable vent de panique s’est emparé d’eux durant la campagne, où le camp conservateur a essuyé déconvenue sur déconvenue, avec des candidats discrédités qui se retirent les uns après les autres. Il ne leur restait plus que les injures publiques contre Catherine Connolly, signe d’une trumpisation de la droite irlandaise et relayées par la presse réactionnaire. Mais là encore ce fut un échec.

Catherine Connolly a remporté 66,36 % des voix face au candidat gouvernemental du Fine Gael. Elle est soutenue par une large coalition de partis de gauche, nos amis du Sinn Féin en tête, mais également les sociaux-démocrates, le Labour Party, People Before Profit, le parti vert et les indépendants progressistes. De plus, de larges secteurs de la société civile et du mouvement social ont également apporté leur soutien. Cela ouvre des perspectives nouvelles à gauche. Comme le souligne le président du Sinn Féin, Declan Kearney : « On constate une prise de conscience croissante du fait qu’il y a bien plus de points communs que de points de division. » Derrière cette victoire, se dessinent les contours d’une possible majorité alternative au pouvoir libéral-conservateur. Alors qu’à l’occasion des dernières élections législatives dans l’État du Sud, toute la droite s’était coalisée contre le Sinn Féin, ce succès permet de rouvrir une page de l’histoire progressiste irlandaise. Rappelons que dans les six comtés du Nord, Michelle O’Neill, dirigeante du Sinn Féin, gouverne depuis février 2024, en dépit de la politique de sabotage menée par les partis unionistes conservateurs.

« Catherine Connolly a remporté 66,36 % des voix face au candidat gouvernemental du Fine Gael. »

Cette victoire démontre en effet que les aspirations populaires majoritaires vont à l’encontre de la politique de la clique conservatrice apeurée au pouvoir. Ces exigences populaires exprimées par les citoyens de l’État du Sud font écho avec celles des Irlandaises et Irlandais des six comtés du Nord et de la diaspora, qui sont empêchés de voter. La campagne menée pour la victoire de Catherine Connolly était au diapason des aspirations d’une majorité de la population : une répartition équitable des richesses, le droit au logement, la neutralité irlandaise, la solidarité avec le peuple palestinien, la langue irlandaise et, bien sûr, l’unité irlandaise.

Progrès social, paix et unité irlandaise

Ces trois éléments, indissociables, sont majoritaires en Irlande, au Nord comme au Sud. Cela résonne dans l’ensemble de l’Europe et c’est une leçon pour l’ensemble de la gauche en Europe. Au-delà du contexte particulier de l’Irlande, ce sont bien sur ces trois piliers, la transformation sociale, la souveraineté populaire et la paix, qu’il est possible de reconstruire une perspective sociale et politique majoritaire à gauche, en France et en Europe.

Les méthodes de campagne sont également instructives. Loin du « bruit et de la fureur », Catherine Connolly a adopté un ton calme, mesuré. Elle s’est appuyée sur l’expérience des mobilisations citoyennes des référendums sur le mariage pour tous et sur le droit à l’avortement (qui marquaient par ailleurs une évolution historique de la société irlandaise en dépit de l’apparition d’un courant d’extrême droite organisé). Beaucoup d’actes de campagne originaux ont émergé : collectes de fonds par des musiciens dans les pubs ruraux, street art, influenceurs sur les réseaux, initiatives inspirées de la campagne de Zohran Mamdani à New York et centrées sur la culture visuelle… C’est une nouvelle génération de campagne politique qui émerge à gauche.

« Sur l’ensemble de l’île et pour les Irlandais, la question d’une République irlandaise sociale et démocratique est désormais posée. »

Enfin, la question de l’unité irlandaise a structuré la campagne de Catherine Connolly. C’est l’objectif stratégique central du Sinn Féin, avec lequel les communistes français sont pleinement solidaires. Si Catherine Connolly n’a pas les pouvoirs institutionnels d’agir dans ce sens, c’est un message adressé au gouvernement irlandais de respecter son obligation constitutionnelle pour l’unité irlandaise. Cette victoire montre que cette question n’est ni secondaire, ni utopique, mais qu’elle est immédiate et concrète. Sur l’ensemble de l’île et pour les Irlandais la question d’une République irlandaise sociale et démocratique est désormais posée. Comme le défendait un autre Connolly, James, fusillé par les Britanniques en 1916, la République irlandaise et la liberté pour le peuple irlandais sont indissociables de la transformation des rapports sociaux dans le pays. Cela montre d’ailleurs à quel point l’engagement républicain des progressistes irlandais rejoint celui des progressistes français, que ce soit durant la Révolution française ou autour de Jean Jaurès.

C’est une bataille stratégique qui requiert un niveau de rapport de force. Les oppositions seront particulièrement nombreuses. L’essor rapide de l’extrême droite en Grande-Bretagne annonce de futurs combats extrêmement durs. Les communistes français seront aux côtés du Sinn Féin et du peuple irlandais pour les mener !

Vincent Boulet est membre du comité exécutif national, chargé des relations internationales du PCF.
Il est vice-président du Parti de la gauche européenne.

Cause commune45 • septembre/octobre 2025