Quelle orientation prendre pour la transition du capitalisme vers le socialisme ? Quelle stratégie de changement adopter comme parti marxiste au 21e siècle ? Le PTB (Parti du travail de Belgique) a tenté de le définir lors de son congrès de l’unité en 2021. Cette stratégie ne repose pas sur une simple alternance gouvernementale, mais sur une transformation profonde des rapports de force sociaux.
Le point de départ de la stratégie du PTB est le constat que le capitalisme est un « malade incurable ». Notre planète est secouée par la dégradation du climat, la crise alimentaire, la crise de la dette, l’exploitation, les crises économiques à répétition et les déséquilibres mondiaux.
Accaparement des métaux rares, contrôle du pétrole, des semi-conducteurs et des chaînes d’approvisionnement, pillage des terres agricoles, spéculation financière… pas un seul point de la Terre et même de l’espace n’est à l’abri de la soif de profit du capitalisme actuel : l’impérialisme du 21e siècle. Qui n’offre plus que guerres, fascisme et barbarie comme ligne d’horizon. Qui veut libérer l’humanité de cette hydre des temps modernes n’a d’autre choix que le socialisme.
La construction d’un contre-pouvoir
« J’ai gagné un gouvernement, mais pas le pouvoir », aurait déclaré un jour François Mitterrand, alors qu’il venait d’être élu président de la République française en 1981. Sous le capitalisme, les rênes du véritable pouvoir sont dans les mains des grands monopoles et de leurs lobbys. La gauche grecque Syriza l’a appris à ses dépens lorsqu’elle s’est fracassée devant la toute-puissance de l’élite financière et industrielle européenne en 2015.
Jamais dans l’histoire, un groupe si restreint n’a eu le contrôle de la société et de la direction qu’elle prend. Cette classe dominante étend ses tentacules jusqu’aux plus hauts cercles de l’administration, de la justice, de la police et de l’armée, et jusqu’au cœur même des cabinets ministériels. Qui veut arriver au socialisme a besoin de construire un contre-pouvoir pour affronter le pouvoir tout-puissant du système.
Aussi le pivot d’une stratégie de changement est la construction d’un contre-pouvoir. L’objectif immédiat n’est pas seulement de « gagner un gouvernement », mais d’édifier une force capable de résister à la toute-puissance de l’élite financière.
Dans notre société, la richesse est le fruit du travail de la classe travailleuse : les travailleurs et les travailleuses sont les véritables créateurs de richesse de la société. Mais le fruit de ce travail retourne de moins en moins à celles et à ceux qui l’ont créé, et disparaît de plus en plus dans les caisses des grands monopoles. La libération du travail ne peut donc être que l’œuvre de la classe travailleuse qui est la pierre angulaire de ce contre-pouvoir.
« Sous le capitalisme, les rênes du véritable pouvoir sont dans les mains des grands monopoles et de leurs lobbys. »
Cela exige que la classe travailleuse passe d’une « classe en soi » à une « classe pour soi », comme l’écrivait Marx, consciente de sa force collective et de sa capacité à diriger la société. Ce processus de conscientisation se forge dans la lutte quotidienne, où les travailleurs apprennent qu’ils sont essentiels au fonctionnement du monde.
L’unité et la convergence progressiste
Pour que ce contre-pouvoir l’emporte, l’unité de la classe travailleuse est impérative. Contre tout ce qui divise le monde du travail : le racisme, le nationalisme, le sexisme…
Mais le contre-pouvoir ne peut l’emporter que s’il se tourne vers l’avenir. Les jeunes sont au premier plan de la précarisation de l’emploi et de l’insécurité d’existence. Ils sont la génération qui subira le plus les conséquences du réchauffement climatique. Cette génération rendue invisible, inaudible et tenue à l’écart est en sursis aussi dans le domaine de la démocratie.
Mais la jeunesse remet en doute toutes les certitudes actuelles, parce que le présent ne lui offre aucun avenir. Il s’agit de gagner l’énergie, la créativité et l’espoir de la jeunesse à la cause positive et enthousiasmante d’une autre société.
Une stratégie d’unité a aussi besoin de s’étendre et d’établir une convergence progressiste avec d’autres couches sociales étouffées par les monopoles :
- petits indépendants et aux agriculteurs,
- créateurs, artistes et travailleurs de la culture,
- étudiants et intellectuels...
Et à l’heure de l’impérialisme, ce contre-pouvoir en construction dans le Nord global a besoin de tendre la main à la mutinerie des peuples du Sud, qui font face aux mêmes monopoles et au même impérialisme qu’ici en Europe.
Des luttes pour les réformes, oui mais dans quel but ?
Dans cette stratégie, il convient de ne pas séparer le combat pour les réformes immédiates de l’objectif socialiste. Des revendications comme la taxe des millionnaires, le droit à la retraite anticipée, une politique étrangère de non-alignement… par exemple en font partie. Des plans pour l’investissement public dans l’énergie, les transports, le numérique ou le logement peuvent également servir de pont dans la lutte pour le socialisme.
Mais nous savons que, sous le capitalisme, chaque réforme, chaque avancée n’est que temporaire et fera l’objet de pressions constantes. On le voit avec la remise en cause du droit du travail, l’allongement légal du temps de travail jusqu’à la retraite ou la militarisation de la société.
« La classe travailleuse est la pierre angulaire du contre-pouvoir. Cela exige qu’elle passe d’une “classe en soi” à une “classe pour soi”, comme l’écrivait Marx, consciente de sa force collective et de sa capacité à diriger la société. »
Chaque miette, chaque pain et chaque rose doit être défendu, encore et encore. Cette lutte se joue sur différents terrains : celui du progrès social, du climat, de la solidarité internationale, de la paix, de l’antifascisme... Dans tous ces domaines, les mouvements d’émancipation s’affrontent aux limites tracées par le système. Plus profonde est la volonté des différents mouvements de concrétiser leurs rêves de progrès social et de justice, plus ils se heurtent à ces limites du système capitaliste. Si l’on veut obtenir un développement social et démocratique, profond et durable, sur tous ces terrains, le socialisme est indispensable.
L’horizon : Le Socialisme 2.0
Pour échapper à la barbarie et réaliser le socialisme, le contre-pouvoir d’en bas devra devenir le pouvoir, ce qui implique un bouleversement total de la situation actuelle. Pour ancrer durablement le changement, pour donner les commandes de la société à celles et à ceux qui créent la richesse.
Le socialisme, c’est une société émancipatrice, sans exploitation de l’homme par l’homme. Le socialisme implique l’abolition des guerres, l’arrêt de la destruction de notre environnement et de nos ressources naturelles, la fin de l’oppression. Le socialisme, c’est replacer les piliers essentiels de la société dans les mains de la collectivité. Le socialisme, c’est faire des richesses naturelles de la planète et des connaissances humaines des biens communs. Le socialisme, c’est donner aux gens le droit de décider de leur propre sort.
Au travail pour réaliser ce défi ambitieux, construire ce mouvement en largeur et en profondeur, capable de nous libérer des chaînes du capitalisme.
David Pestieau est directeur politique du PTB.
Cause commune n° 47 • janvier/février 2026