Face aux menaces de l’administration Trump et à l’inertie du gouvernement français, il convient de ne rien lâcher sur la bataille politique et les actions de solidarité envers le peuple cubain.
Depuis les menaces exprimées par les États-Unis à l’encontre de Cuba et le blocage de toute livraison de pétrole pour asphyxier l’île et son peuple, beaucoup a été dit sur l’extrême gravité de la situation et les mesures à mettre en œuvre pour limiter la crise humanitaire et éviter le pire :
• nécessité d’amplifier les campagnes de solidarité en privilégiant l’urgence énergétique pour équiper l’île en panneaux photovoltaïques, sans abandonner pour autant l’envoi de médicaments, de nourriture et de produits de première nécessité ;
• mutualiser les énergies et coordonner les initiatives des différentes organisations et associations de solidarité pour acheminer au plus vite les collectes par un fret partagé en complétant les conteneurs en partance ;
• briser le mur du silence de nos médias qui occultent l’illégalité du blocus et ses terribles conséquences pour la population ou qui se limitent à mettre en cause le régime que se sont donné les Cubains.
Face à cette situation, la conscience grandit, les actions de solidarité se multiplient, les rassemblements de soutien s’amplifient et les interventions politiques de nos parlementaires sont un point d’appui indéniable. Mais le pire reste à venir avec les menaces à peine voilées et réitérées d’une intervention militaire étasunienne, formulées par l’administration Trump, notamment par la voix de son ministre Marco Rubio, rongé par un esprit de revanche et le rêve de mettre main basse sur l’économie cubaine.
Aussi nous faut-il porter au plus haut la réalité de cette menace en expliquant quelles en seraient les conséquences :
• sanglante pour le peuple cubain quand on connaît l’aveuglement de Trump et son refus de prendre en compte le sort des populations et les dégâts en vies humaines de ses délires de domination ;
• fatale pour la souveraineté du peuple cubain et l’indépendance de ses choix sociaux et économiques ;
• déprimante pour tous les peuples et les mouvements en lutte contre l’emprise impérialiste, qui perdront l’exemple et le repère de cette « étoile dans la nuit » que représente la révolution cubaine ;
• démoralisante pour toutes celles et tous ceux qui gardent l’espoir de rétablir le respect du droit international et agissent pour que ne soient pas jetés aux oubliettes les principes de la charte des Nations unies ;
• destructrice pour toutes les actions de coopération que notre pays continue à développer avec Cuba, aujourd’hui menacées, et celles qui sont en cours d’élaboration, comme dans le domaine médical par l’accueil de médecins cubains.
Ce qui se passe à Cuba ne concerne pas que le peuple cubain, il s’agit pour l’administration Trump d’affirmer et de sceller la domination sans partage de l’impérialisme des États-Unis là où elle le veut, sur les territoires qu’elle a choisis, quand elle considère que le fruit est mûr et sous les prétextes les plus fallacieux, tels que des menaces sur sa sécurité. Mais aussi quand elle prend acte que l’immobilisme des États de la planète lui laisse le champ libre dans son opération de remise en cause pour des décennies de l’ordre international.
Sur ce point, nous ne pouvons que faire le constat d’un État français à la traîne, contrairement à d’autres qui marquent leur opposition à la politique conduite par les États-Unis à l’encontre de Cuba, tels que le Mexique, le Brésil et l’Espagne. Une inertie d’autant plus condamnable que la France est un acteur à part entière du bassin caribéen avec ses territoires antillais et guyanais. Une faute grave quand la stabilité de la Caraïbe est d’un intérêt stratégique direct pour la France. Un manque de courage politique et une faillite de notre diplomatie, alors que les effets extraterritoriaux des lois américaines portent une atteinte directe à la souveraineté de la France et aux intérêts légitimes de ses entreprises et de ses ressortissants.
C’est donc avec solennité que je porte et relaie l’exigence d’une prise en compte encore plus forte par les communistes des enjeux que représente le devenir de la révolution cubaine.
Notre dernier congrès avait lancé une campagne nationale de solidarité. Bien que sa prise en compte ait été contrastée d’un département à l’autre, elle s’est concrétisée par de multiples actions et un suivi permanent par notre exécutif national. Notre dernière fête de l'Humanité a été marquée par une mobilisation inédite autour de la question cubaine. Toutes les collectes effectuées ont pu être expédiées par voie maritime ou aérienne. Le mois dernier, partout en France, de nombreuses fédérations ont été à l’initiative de manifestations de soutien au peuple cubain. Nous pouvons donc être majoritairement fiers de ce que nous avons déjà fait et je sais combien le peuple cubain salue notre action et nous en est reconnaissant.
Aujourd’hui, sur le terrain comme lors de notre prochain congrès, il s’agit de ne rien lâcher de cette priorité qui fait honneur à notre parti. Une priorité qu’il nous faut décliner dans ses deux dimensions : la solidarité concrète et la bataille politique. L’une ne va pas sans l’autre.
*André Chassaigne est député honoraire PCF du Puy-de-Dôme.
Cause commune n° 48 • mars/avril 2026