
Depuis des années, on entend cette petite musique selon laquelle la France glisserait à droite, et c’est bien ce que confirmeraient les sondages. Or ça se discute. En tout cas, on peut contester cette lecture des sondages. Et considérer que les enquêtes nous montrent une opinion bien plus partagée. Les partisans de la thèse de la droitisation répètent que les sondés sont très attentifs aux thèmes dits « régaliens » sécurité/insécurité, dette/finances publiques, immigration/terrorisme. Mais la thèse inverse peut se défendre, à savoir que ces mêmes enquêtes indiquent que les préoccupations sociales, les aspirations progressistes sont souvent majoritaires dans l’opinion.
Ce que montre une des dernières études d’ampleur (plus de dix mille sondés inscrits sur les listes électorales) qui date de février/mars 2026. Elle a été réalisée par Ipsos BVA CESI, École d’ingénieurs pour Le Monde, CEVIPOF et la Fondation Jean Jaurès. Il est demandé aux personnes interrogées d’indiquer quelles sont leurs principales préoccupations parmi la liste suivante : chômage, place de la France, fiscalité, terrorisme, vie politique, retraites, inégalités, éducation, environnement, climat social, déficit, crises internationales, sécurité, immigration, santé, pouvoir d’achat.
Les cinq préoccupations qui viennent en tête sont le pouvoir d’achat (54 %), le système de santé (46 %), l’immigration (33 %), la sécurité des biens et des personnes (31 %) et les crises internationales (26 %).
Une opinion bien partagée donc. Des thèmes comme le déficit public ou la menace terroriste, pourtant abondamment et quotidiennement traités par les médias, ne sont qu’assez faiblement évoqués. On remarquera aussi – pour s’en étonner – la quasi-disparition du thème du chômage, qui se classe bon dernier dans ce palmarès.
Commentant cette enquête, Le Monde titre (10 mars 2026) : « Un paysage politique fortement droitisé ».
Encore une fois, ça se discute.
Cause commune n° 48 • mars/avril 2026