
L’institut Paul-Delouvrier propose depuis 2004 un baromètre sur l’opinion des Français à l’égard des services publics. Dans la dernière enquête, menée avec Harris-Interactive, en date de décembre 2024- janvier 2025, plus de deux mille cinq cents personnes ont été sollicitées après avoir été en contact avec l’un des services publics suivants : police ou gendarmerie, éducation nationale, santé publique, Sécurité sociale, agence pour l’emploi, justice, impôts, environnement, logement. Le résultat est paradoxal.
55 % des sondés auraient une image critique des services publics, chiffre qui stagne depuis trois ans (alors que dans la foulée de la crise sanitaire, une petite majorité partageait une opinion plutôt positive). Dans le même temps, l’opinion des usagers, c’est-à-dire de ceux qui ont été en contact avec ces services, ne cesserait de s’améliorer ; elle progresserait de six points en deux ans pour atteindre 77 %, un niveau jamais atteint depuis le lancement du baromètre.
Il faudrait y voir une différence nette entre l’attitude du citoyen face à l’État en général et celle de l’usager face aux services publics au quotidien. Le paradoxe est apparemment contradictoire : on apprécie (et même de plus en plus) le service public… quand il est là, et on regrette sa présence insuffisante, sa faiblesse d’implantation sur l’ensemble du territoire.
Le responsable du baromètre donne cette explication : « Quand on parle de l’hôpital en général, on parle d’une institution désincarnée, bien différente de l’expérience vécue par un patient au contact d’un médecin par exemple. »
Les Français attendent beaucoup de l’État en matière de santé (53 %), cinq points de plus en un an, c’est le niveau d’attente le plus fort, la priorité n° 1 dans toutes les régions et pour toutes les catégories d’âge. Plus la situation semble se dégrader, plus la demande est forte. L’éducation nationale constitue la deuxième priorité d’intervention de l’État (39 %, -2) et la justice est en troisième place (36 %, + 2). La police et la gendarmerie demeurent à la 4e place (29 %).
L’opinion souhaite que les services publics soient plus facilement joignables, quel que soit le mode de contact utilisé. Une étude utile mais qui peut se discuter. L’enquête aurait tendance à valoriser l’action du gouvernement. Reste qu’elle témoigne d’une forte demande de services publics, ce qui est incontestablement une spécificité française.
Cause commune n° 45 • septembre/octobre 2025