Le 21 avril dernier, le conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne a refusé de donner suite aux demandes du gouvernement espagnol de suspendre l’accord d’association UE-Israël.
Il a fallu attendre le 20 mai 2025 pour que ce même conseil décide d’un examen formel de l’accord d’association. Et encore quatre mois, jusqu’en septembre 2025, pour que la commission européenne propose au conseil de l’UE la suspension partielle de l’accord. Depuis lors, aucune mesure concrète n’a été mise en œuvre.
UNE INITIATIVE CITOYENNE EUROPÉENNE
Le 15 avril dernier, plus de trois cent cinquante anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires, dont Josep Borrell, ancien président du Parlement européen et ancien haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, ont demandé la révision de cet accord.
De plus, une initiative citoyenne européenne a obtenu un succès très rapide qui montre une indignation populaire face au maintien en l’état de cet accord. Elle a franchi le cap du million de signatures provenant d’au moins sept pays différents, ce qui oblige la commission à l’examiner.
Et pour cause. Le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou poursuit la guerre et le génocide à Gaza, alors que l’armée israélienne occupe toujours 58 % de la bande de Gaza.
Médecins sans frontières (MSF) vient de dénoncer les conséquences du blocus israélien : mortalité néonatale, pénurie d’eau, famine… Les colons et l’armée d’occupation poursuivent leur politique d’épuration ethnique en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Cette politique menée dans la zone C s’étend désormais sur la zone B. L’agression contre l’indépendance du Liban a entraîné l’exode de 10 % de la population du pays !
L’ACCORD D’ASSOCIATION UE-ISRAËL
L’article 2 de cet accord stipule que les parties doivent respecter les droits humains. Il est plus qu’urgent de se conformer à cet article et de suspendre l’accord tant que le gouvernement israélien ne respecte pas les droits humains. L’UE avait d’ailleurs très partiellement avancé en 2012, en gelant le dialogue politique au niveau ministériel. Mais, en 2022, elle l’a rétabli sans avoir obtenu aucune avancée en la matière. La situation s’est même fortement aggravée depuis.
Il ne s’agit pas d’un simple accord commercial. Il inclut l’État d’Israël dans plusieurs politiques communautaires.
LA RESPONSABILITÉ DE LA FRANCE
Cette question soulève le problème du fonctionnement de la construction capitaliste de l’UE. Cet accord entre dans les compétences exclusives de l’UE décidées à la majorité qualifiée des États. Il faut donc le soutien d’un des principaux pays de l’UE. Or l’Allemagne et l’Italie s’opposent à la suspension.
Cela implique donc deux choses. Premièrement que la France agisse au sein de l’UE en faveur de la suspension de l’accord. Deuxièmement, qu’elle prenne, sans attendre la décision de l’UE, des sanctions économiques contre l’État d’Israël tant qu’il ne respecte pas le droit international. Elle peut agir dans ce sens en le proposant à d’autres États européens, ou extra-européens. Des alliances sont possibles au sein de l’UE elle-même : l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie veulent agir dans ce sens. Ce serait une véritable brèche ouverte dans la logique libérale capitaliste des traités européens !
Seule la pression internationale sera efficace pour contraindre le gouvernement israélien à respecter le droit international. La question centrale est celle de la constitution d’un État de Palestine pleinement souverain, aux côtés de l’État d’Israël.
Pour les Palestiniens, il y a urgence !
Vincent Boulet est membre du comité exécutif national. Il est responsable des Relations internationales.
Cause commune n° 48 • mars/avril 2026