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La montée des périls, dans le monde comme dans notre pays, peut donner le vertige. L’enjeu du prochain congrès du PCF est de décider collectivement comment y répondre en montrant ce qui, dans la crise de la civilisation capitaliste et libérale, donne son actualité au combat pour construire une civilisation radicalement différente.

Les GAFAM et autres acteurs capitalistes de la révolution informationnelle, en soumet­tant le monde à leurs exigences de rentabilité, déclenchent des bouleversements économiques et anthroponomiques dont l’ampleur ne peut se comparer qu’à la transformation de ­chasseurs-cueilleurs en agriculteurs sédentaires, il y a dix mille ans, ou à la révolution industrielle qui, depuis trois siècles, a créé un terrain favorable à la domination du capitalisme sur le monde.

Le capital crée ainsi sans le vouloir les bases matérielles et culturelles d’une civilisation radicalement nouvelle dont le moteur ne serait plus l’accumulation du capital matériel et financier, mais la libre et entière participation de tous les habitants de la planète à un partage efficace des informations et, avec elles, des pouvoirs et des richesses.

Cependant, cette nouvelle civilisation est bien loin d’être « déjà là » car les forces du capital déploient tous leurs moyens pour empêcher son avènement. C’est la cause profonde des redoutables convulsions qui secouent la civilisation capitaliste et libérale.

 

Le projet communiste 

Tenir toute notre place dans la résistance et dans la construction d’une alternative politique rassemblant la majorité de notre peuple, c’est être capable de mettre en avant le projet communiste dans la bataille d’idées, d’en faire une boussole et un stimulant des mobilisations dans les luttes sociales, sociétales et écologiques. L’enjeu des prochaines élections présidentielle et législatives est la présence de ce projet dans la construction d’une alternative de gauche, bien plus que le choix de telle ou telle alliance tactique.

Au 39e congrès, nous avons donné la définition suivante de ce que nous avons appelé le projet communiste : « Le communisme est ainsi à la fois l’objectif et le chemin menant à une société de partage des richesses, mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles : une société sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies. » Nous avons également donné des
indications concrètes sur le « chemin », par exemple le processus de dépassement du marché du travail par la construction d’une sécurité d’emploi ou de formation.

Dans la tradition du mouvement ouvrier, il est naturel de qualifier de « socialiste » la transition entre l’état de choses existant et une civilisation communiste répondant aux contradictions qui travaillent le monde contemporain.

« Être capable de mettre en avant le projet communiste dans la bataille d’idées, d’en faire une boussole et un stimulant des mobilisations dans les luttes sociales, sociétales et écologiques. »

L’usage de ce terme peut être compris comme porteur d’une certaine radicalité, répondant à la discordance que l’on observe de plus en plus entre l’ambition révolutionnaire de nos choix de congrès et l’action concrète de nos dirigeants dans les institutions, de nos porte-parole dans les médias. Mais pour être vraiment radicale, cette transition doit bel et bien viser la construction d’une société communiste, et non pas être prise pour un but en soi.

En effet, le chemin est inséparable du « but final ». Notre projet possède toute la radicalité des premières utopies communistes, rationalisée et politisée par
le travail que Marx et Engels ont effectué dès le
Manifeste de 1848, qu’ils ont poursuivi et approfondi jusqu’à la fin de leur vie et que leurs disciples se sont attachés à continuer jusqu’à nos jours. Le but, au-delà de la seule propriété collective des moyens de production, c’est l’émancipation de l’exploitation capitaliste et, avec elle, l’émancipation de toutes les dominations.

La transition socialiste ne peut donc pas se borner à la caricature qu’en donne l’idéologie domi­nante. La trinité soviétique, « nationalisation – planification – investissement », a connu des succès remarquables – jusqu’à la Chine des dernières décennies – dans la construction de puissances industrielles. Cependant, elle s’avère très insuffisante, au XXIe siècle, pour répondre aux exigences d’autonomie des êtres humains, de développement de toutes leurs capacités créatives, que comporte la révolution informationnelle.

 

La conquête de nouveaux pouvoirs

La leçon que le PCF a commencé à tirer des dures expériences des cent dernières années est que le dépassement du capitalisme ne peut pas se ­réduire à l’exercice d’un pouvoir gouvernemental, qu’il soit baptisé « dictature du prolétariat » ou qu’il prenne la forme d’une « voie parlementaire au socialisme ». Il exige la conquête par les citoyennes et les citoyens de pouvoirs décentralisés, dépassant les délégations de pouvoir constitutives de la république bourgeoise. Il nécessite la conquête, par les salariées et les salariés, de pouvoirs autogestion­naires contre le capital dans tous les lieux où ces pouvoirs s’exercent, à commencer par les entreprises et les institutions financières. L’enjeu est de faire prévaloir, dans les luttes, de nouveaux critères de gestion concrets, contre l’obsession capitaliste de la rentabilité et de la « baisse du coût du travail ».

« La leçon que le PCF a commencé à tirer des dures expériences des cent dernières années est que le dépassement du capitalisme ne peut pas se réduire à l’exercice d’un pouvoir gouvernemental. »

À l’inverse, les échecs historiques du mouvement d’émancipation depuis la deuxième moitié du XXe siècle sont liés à l’absence de tels critères d’efficacité économique et écologique. C’est une des leçons qu’il convient de tirer de la défaite de l’URSS. En ce qui concerne la France, après la victoire électorale de 1981, le gouvernement de gauche jouissait des pouvoirs exorbitants que la Ve république confère à l’exécutif, et les nationalisations industrielles, l’étatisation quasi complète du secteur bancaire, le contrôle des taux d’intérêt et des mouvements de capitaux… avaient poussé l’emprise de l’État national sur l’économie à un degré jamais atteint. Et pourtant, en l’absence d’une mobilisation populaire suffisante, nourrie d’alternatives concrètes aux gestions capitalistes, cet « État stratège » s’est trouvé impuissant face au déferlement de la mondialisation financière néolibérale, jusqu’à en devenir le complice actif à partir de 1983.

En résumé, accéder au gouvernement ne peut donc pas être un but en soi mais un moyen de contribuer, avec de nouvelles institutions, à une prise de pouvoir décentralisée par les citoyennes et les citoyens, et à une prise de pouvoir autogestionnaire par les salariées et les salariés, inaugurant des formes de planification d’un type tout à fait inédit.

« La transition socialiste ne peut pas se borner à la caricature qu’en donne l’idéologie dominante. »

C’est possible car l’État ne se confond pas avec les monopoles capitalistes. Il a une nature contradictoire : à la fois représentant de l’ensemble de la société, et force placée « au-dessus de la société » pour maintenir les dominations de classe.

D’où, par exemple, la portée politique de l’émotion qui s’est emparée du public devant l’annonce des 211 milliards d’aides dispensées aux entreprises. Cette émotion devrait être prise en compte pour lancer une bataille politique ne visant pas seulement à dénoncer les subventions au patronat et à réclamer leur abolition. Nous voulons beaucoup plus. L’argent public devrait servir, non plus de « béquille du capital », mais de levier pour agir sur les entreprises et les banques au moyen d’un allégement sélectif du coût du capital, à condition qu’elles développent l’emploi et la création écologique des richesses, au lieu de les encourager à être plus rentables pour les actionnaires. C’est-à-dire une mesure à effet immédiat qui sera, du même mouvement, un premier pas vers une transformation radicale de la logique qui anime l’économie et la société.

La difficulté à laquelle nous nous heurtons à ce stade est que ce projet communiste, sa cohérence, la réponse qu’il apporte à la colère et aux angoisses de notre peuple, sont aujourd’hui cruellement absents du débat public.

Après la bataille contre l’effacement du PCF, il s’agit donc maintenant de gagner la bataille contre l’effacement des idées communistes.

Denis Durand est membre du conseil national du PCF.

 

Cause commune47 • janvier/février 2026