Par

L’un des défis centraux de la pensée marxiste est de clarifier la dynamique de l’impérialisme contemporain. Cette clarification est devenue particulièrement urgente dans un contexte marqué par une mutation historique de l’ordre mondial. Avec la guerre en Iran s’évanouissent tous les mythes de la primauté du Pentagone. Dans ce contexte, il est impératif de réexaminer et de réévaluer la théorie de l’impérialisme.

Le contexte

L’impérialisme a retrouvé une place centrale sous l’effet de la logorrhée de Donald Trump, qui dif­fuse un message de domination explicite. Il est syno­nyme de bellicisme. Trump renforce cette orientation car l’économie lui a fait défaut. Sa stratégie visant à enrichir les capitalistes américains en soumettant le reste du monde a échoué ; il perd son pari contre les BRICS et risque une rupture avec ses partenaires transatlantiques traditionnels. Il doit également faire face à un affaiblissement poli­tique interne accéléré et à une large désapprobation publique de sa personne. Trump enfreint les règles de l’ordre international sans proposer d’alter­native viable.

Il cherche à réinstaurer un impérialisme pur et simple, se tournant à nouveau vers le programme de ses rivaux, le néoconservatisme républicain et le mondialisme démocrate. Incapable dobtenir une trêve pour reconstruire lindustrie américaine, il reprend ses initiatives belliqueuses pour compenser la perte de compétitivité de l’économie yankee. Il maintient un modèle militaire obsolète, mis à mal par la prolifération nucléaire et une perte de contrôle des mercenaires.

Le principal déterminant des difficultés étasu­niennes est son déclin impérial. Il est désormais avéré que l’absence d’un successeur mondial n’empêche pas un déclin, étroitement lié à la crise du capitalisme mondial, qui se concentre dans l’économie américaine.

Les Théories

L’impérialisme peut se définir comme la domination économique et politique d’un pays sur un ­autre, au profit de la classe capitaliste dominante, par l’intermédiaire de l’État. Ce type d’oppression est déterminé par la dynamique du capitalisme, qui constitue la logique sous-jacente de son déve­loppement. L’impérialisme renvoie à la rivalité géopolitique entre puissances, à l’exploitation économique des périphéries et à l’assujettissement poli­tique des peuples.

« Le marxisme souligne que les conflits armés résultent de la rivalité pour le profit. Il s’oppose à la séparation artificielle des sphères nationale et internationale, insistant sur leur imbrication. »

Les grandes guerres illustrent de manière nette les problèmes inhérents à l’impérialisme. C’est pourquoi son analyse a refait surface ces dernières ­années avec les guerres en Irak, en Ukraine, à Gaza et en Iran. Ces conflits ont confirmé que le maintien du capitalisme exige une coercition impériale pour l’appropriation des ressources, la rivalité ­entre concurrents et l’assujettissement des opprimés.

L’impérialisme ne saurait être réduit à une « hégé­monie » (sa dimension idéologique, permettant de créer une domination sans recourir directement à la violence). En effet, le capitalisme repose sur la domination militaire.

Lénine demeure la référence incontournable pour toutes les études sur ce sujet. Le dirigeant bolchevique a saisi, mieux que tout autre penseur marxiste, le lien structurel entre impérialisme et guerre, et son influence sur la dynamique révolutionnaire. Il a commencé le remplacement du cadre conceptuel qui envisageait la transition vers le socialisme comme la conséquence de crises économiques majeures par un autre centré sur l’incidence des guerres.

La théorie marxiste s’engage dans une polémique avec les approches conventionnelles qui nient l’impérialisme, le remplacent par des euphémismes ou le considèrent indépendamment de son régime social sous-jacent et de son contexte historique. Le marxisme réfute également la thèse libérale qui consi­dère l’impérialisme comme un vestige du passé voué à disparaître avec la modernisation capitaliste. Cette approche néglige le fait que l’expansion même de ce système intensifie les guerres. Une seconde perspective présente l’intervention étrangère comme un acte humanitaire. Il s’agit de l’impérialisme des droits de l’homme, qui alimente toutes les hypocrisies du droit international. Une troisième perspective justifie l’impérialisme en exaltant sa fonction civilisatrice, l’exercice du paternalisme ­anglo-saxon et la supériorité de la culture occidentale. C’est sous ces justifications que sont perpétrées toutes sortes de massacres. Une quatrième approche rejette le caractère impérial des États-Unis, en soulignant l’absence de colonies, mais en omettant le fait que cette puissance a émergé et s’est consolidée en tant que république impériale, d’abord continentale, puis hémisphérique et, enfin, mondiale.

Le marxisme souligne que les conflits armés résultent de la rivalité pour le profit. Il s’oppose à la séparation artificielle des sphères nationale et internationale, insistant sur leur imbrication. De plus, il remarque que les déséquilibres signalés par le courant réaliste des relations internatio­nales découlent de la dynamique du capitalisme et non de la simple contraposition des États-nations. Enfin, il remet en question les réflexions visant à déterminer si la bipolarité, l'unipolarité ou la multipolarité déterminent la stabilité mondiale, rejetant catégoriquement la nécessité d’un empire pour maintenir cet équilibre.

L’Impérialisme tardif

Notre perspective propose de périodiser l’impérialisme, en considérant ses phases spécifiques, étant donné que nous ne considérons pas ce phénomène comme une étape du capitalisme.

Le meilleur critère pour périodiser historiquement l’impérialisme est d’observer le degré d’expansion du capital. Ce paramètre permet de reconnaître ses phases antérieures de développement immature, consolidé, plein ou déclinant. Cette vision permet également de dépasser une dichotomie entre colonialisme antérieur et impérialisme postérieur, qui méconnaît les variétés, continuités et les réinventions des modalités coloniales.

« Toute lutte anti-impérialiste suppose aujourd’hui de s’attaquer avant tout au fascisme. Contrairement au siècle dernier, la révolution sociale n’est pas à l’ordre du jour immédiat, mais son éruption est une conséquence potentielle de la catastrophe actuelle. »

Dans la seconde moitié du XXe siècle s’est formé le système impérial qui succéda au système classique dans le contexte de la fin des guerres interimpériales et de la suprématie absolue des États-Unis. Ce modèle fonctionna à plein entre 1945 et 1970, combinant intervention militaire et domination économique de la première puissance, assise sur la prééminence du dollar comme monnaie mondiale.

Durant cette période prévalut un impérialisme collectif de la Triade (Amérique du Nord, Europe occidentale et Asie du Sud-Est), mené par les États-Unis, qui imposa la primauté d’une structure internationale placée sous la coupe du Pentagone. Au sein de ce modèle, on peut distinguer des pays du centre, ­semi-périphériques et périphériques, ayant selon les cas des velléités alter-impériales, co-impériales et sous-impériales.

Les critères économiques d’absorption ou de drainage de valeur étaient tout aussi importants pour définir la place de chaque pays dans l’ordre mondial que les paramètres géopolitiques d’inclusion ou d’exclusion du système impérial. À partir des années 1970, ce système entra en crise, parallèlement au déclin des États-Unis et à la reconfiguration du Nord et du Sud en tant qu’entités géopolitiques remplaçant le premier, le deuxième et le tiers-monde.

Nous assistons actuellement à une rupture radicale avec cette époque. La fin de la mondialisation néolibérale, précipitée par la crise financière de 2008, a entraîné une fragmentation des différentes mondialisations, modifiant qualitativement la scène internationale.

Le projet de restauration du leadership américain a abouti à l’effet inverse : la montée en puissance de la Chine. Ce changement a été accentué par la pandémie, et le point de bascule a été marqué par la guerre en Ukraine. Dans ce nouveau contexte, la géopolitique remplace l’économie comme principale discipline analytique pour évaluer les sentiers menant de la crise à l’effondrement du système impérial.

Toutes les relations dominantes au sein de ce modèle se fissurent à un rythme vertigineux, avec la fracture transatlantique, l’érosion potentielle de l’alliance israélo-américaine, la montée en puissance de la Chine, le redressement de la Russie et la formation des BRICS. Cette nouvelle période peut être qualifiée d’impérialisme tardif. Ce terme est plus précis que celui d’hyperimpérialisme, car il met l’accent sur l’érosion, le déclin, voire l’effondrement du système précédent.

La militarisation étant la caractéristique dominante du contexte actuel, les comparaisons avec le passé s’avèrent très utiles. L’analogie entre la situation actuelle et les deux guerres mondiales du siècle dernier est devenue indispensable, étant donné qu’une troisième guerre mondiale est jugée possible par de nombreux analystes.

La comparaison fréquente du contexte actuel avec la Première Guerre mondiale induit plusieurs erreurs. Elle occulte l’absence, à cette époque, de puissance comparable aux États-Unis et ignore le fait qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’un conflit entre puissances également offensives. Ce sont les ­guerres locales, résultant des agressions de l’empire occidental, qui prédominent. Cependant, de nombreux parallèles avec la Seconde Guerre mondiale peuvent être observés, notamment la parenté troublante entre Netanyahou/Trump et le fascisme.

« Au sein du marxisme, il existe des controverses sur la nature et la trajectoire de l’impérialisme. En identifiant les principaux adversaires, les alliances ou les politiques anti-impérialistes, on structure les discussions. »

Les trois factions de l’élite américaine – les souve­rainistes, les néoconservateurs et les mondialistes – intensifient les guerres pour contrer les difficultés économiques et accaparer effrontément des matières premières, avec le même manque de contrôle qu’exhibaient l’Allemagne ou le Japon au milieu du XXe siècle. Elles recourent également aux mêmes méthodes de génocide et d’extermination que ­celles employées par Hitler. La Seconde Guerre mondiale s’est propagée par sa propre dynamique, avec Pearl Harbor et Barbarossa, dans une dynamique comparable à l’expansion militaire déchaînée en Ukraine, en Palestine et en Iran.

Contrairement à la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas la puissance émergente, mais son adversaire déclinant qui pousse le plus ardemment à la guerre. Cependant, tout comme lors de ce conflit, deux blocs majeurs se forment, dans une configuration très similaire à celle des Alliés contre l’Axe. Cet alignement reproduit le scénario d’un ennemi prioritaire. Une fois de plus, les conflits entre puissances s’entremêlent avec des guerres nationales, sociales et démocratiques. Et comme on l’a déjà constaté en Ukraine et en Syrie, la dynamique des événements modifie la nature initiale de ces ­guerres.

Aujourd’hui, ce n’est pas la défense de l’URSS qui est en jeu, mais plutôt celle de Cuba et de la Chine. De plus, toute lutte anti-impérialiste suppose de s’attaquer avant tout au fascisme. Contrairement au siècle dernier, la révolution sociale n’est pas à l’ordre du jour immédiat, mais son éruption est une conséquence potentielle de la cata­strophe actuelle.

Dans ce contexte, des transformations économiques, militaires, techniques et idéologiques d’une ampleur comparable à celles du milieu du XXe siècle sont en cours. Comme par le passé, la stratégie socialiste exige d’identifier les ennemis et de reconnaître les alliés, de dénoncer les trahisons, mais aussi d’accepter les compromis. L’objectif est d’appuyer la dynamique anticapitaliste susceptible d’émerger en cas de guerre.

Les Tendances et les conceptions

Plusieurs tendances futures découlent du contexte actuel. La première est sans aucun doute la guerre et ses conséquences incommensurables. La seconde est un cadre chaotique résultant de ces ­contextes de guerre. En répondant à leur déclin par des agressions extérieures, les États-Unis renforcent des situations ingérables qui influent sur le cours même de leurs agressions.

Une troisième tendance est celle de la transition hégémonique. Elle décrit le déclin des États-Unis et l’ascension fulgurante de la Chine. Cette prédiction devient très contro­versée lorsqu’elle est envisagée dans une perspective de succession hégémonique, où la Chine remplace les États-Unis, comme ce fut le cas par le passé pour la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou l’Espagne. Il s’agit d’une conception de l’ascension et du déclin des puissances comme une métathéorie impliquant différents systèmes sociaux soumis à une norme commune. Cette approche est étroitement liée à une philosophie de l’histoire discutable, peu compatible avec la théorie de l’impérialisme.

Cette vision se heurte également à des problèmes similaires à ceux des théories des cycles longs, qui présupposent un destin prédéterminé et ignorent le rôle déterminant des individus. Les notions d’étapes – en tant que périodes du capitalisme – sont bien plus pertinentes que celles de cycles.

Une autre interprétation de la transition hégémonique, envisagée comme un avenir multipolaire ouvert, s’oppose à l’idée d’un simple remplacement d’un empire par un autre. Cette perspective, intéressante et ouverte à toutes les possibilités, élude toutefois la possibilité d’une évolution potentielle vers le socialisme. Prendre en compte cette évolution est essentiel pour saisir le véritable sens d’une transition future.

Cette évolution peut être conceptualisée avec précision à l’aide des critères de développement inégal et combiné, qui ne prédéterminent pas l’avenir. Ils explicitent les logiques et les tendances issues de la fusion de formations diverses ou du privi­lège des derniers venus (au développement). Cette approche éclaire la progression de la Chine aux dépens des États-Unis, explique l’émergence de formations intermédiaires et envisage des modèles futurs au sein d’une dynamique historique intersociétale. Elle constitue un critère qui renouvelle le vieux débat marxiste entre les évolutions objectives des forces productives et les dynamiques subjectives des classes sociales dans le développement historique. Ce sont là d’importants sujets de réflexion sur le post­impérialisme et le postcapitalisme.

Des Controverses marxistes

Au sein du marxisme, il existe des controverses sur la nature et la trajectoire de l’impérialisme. En identifiant les principaux adversaires, les alliances ou les politiques anti-impérialistes, on structure les discussions.

Les débats sur l’impérialisme sous un angle purement économique se sont révélés stériles par le passé et ne doivent pas être reproduits. De nombreux débats marxistes ont porté sur la centralité du capital financier, la stagnation et l’exportation de capitaux, mais elles sont désormais secondaires. Forts de ces critères, il convient d’examiner quatre débats.

Le premier argument reprend la théorie d’Antonio Negri, très discutée dans la décennie précédente. Il postule l’existence d’une nouvelle ère postimpérialiste, où capital et travail s’opposent frontalement à l’échelle mondiale, et où toutes les fractions du capital sont liées par la dissolution des anciens centres et frontières. Il met en lumière l’émergence d’une classe dirigeante mondialisée, où les États-Unis diffusent leurs structures à la planète entière, tout en se dissolvant au sein du nouveau système impérial. La thèse de l’empire mondial est devenue totalement hors sol dans le contexte actuel. Elle a perdu de sa pertinence avec le déclin des États-Unis, le différend avec la Chine et la fin de l’euphorie entourant la mondialisation. Negri esquive les problèmes, s’accrochant à une thèse de chaos généralisé et gardant un silence complet sur la Chine. Il persiste à ignorer que les revendications populaires se formulent et se concrétisent au niveau des États-nations. Son associé américain Michael Hardt postule la primauté d’un « régime de guerre », sans pour autant évaluer les conflits entre puissances. Il considère tous les belligérants comme semblables. Sans l’affirmer explicitement, il suggère que la Chine et les États-Unis font partie du même empire, sans pour autant développer de réflexion convaincante.

Il existe une seconde perspective soutenant la thèse des classes et des États transnationalisés comme carac­téristique dominante de notre époque. Cette dernière estime qu’il n’existe pas d’impérialisme étasunien, mais un empire capitaliste global aux capitaux entremêlés. Elle considère que chacun participe à ce même impérialisme, appuyé sur des individus fortunés d’origines nationales diverses. Avec un tel postulat, il devient impossible de comprendre les conflits géopolitiques actuels entre la Chine et les États-Unis, ou entre l’Europe et la Russie. À l’instar de la vision de Negri, cette perspective pure­ment transnationaliste a perdu sa validité à l’ère du retour des conflits entre grandes puissances. La situation actuelle confirme les objections formulées dès l’origine par les critiques de cette conception quant à l’existence de classes ou d’États transnationaux. Ils ont souligné que le capitalisme a émergé parallèlement à l’État-nation et insisté sur l’improbabilité de son fonctionnement sans cette structure. La perspective transnationaliste renouvelée de l’impérialisme global tend à promouvoir des réponses politiques neutralistes aux tensions sino-américaines. Cette attitude promeut un internationalisme simpliste qui ne permet pas la mise en œuvre de politiques anti-impérialistes efficaces.

« En répondant à leur déclin par des agressions extérieures, les États-Unis renforcent des situations ingérables qui influent sur le cours même de leurs agressions. »

Une troisième perspective, partagée par de nombreux auteurs, postule directement l’existence d’un conflit interimpérialiste, très semblable à la Première Guerre mondiale, où la Chine et la Russie sont défiées comme puissances impérialistes équivalentes aux États-Unis ou à l’Europe. Certains courants de pensée, notamment ceux qui critiquent l’invasion de l’Ukraine, et d’autres, plus modérés, évitent de définir le statut du régime social chinois. Dans ce cas, ils se limitent à postuler une équivalence entre les actions impérialistes de Pékin et de Washington. Cette perspective influence de nombreux auteurs marxistes. Tous ces auteurs ignorent l’existence d’un bloc du Sud global distinct du Nord et la centralité de la lutte anti-impérialiste. Ils ne notent pas non plus la différence entre la politique agressive des États-Unis et l’attitude de la Chine consistant à éviter l’usage de la force. Ils omettent la position unique de la Chine, qui peut exercer des formes de domination économique sans modalités impérialistes. Cette perspective pousse les positions politiques neutralistes à l’extrême. Considérant que toutes les puissances représentent des ennemis tout aussi dangereux pour les peuples, elle propose de soutenir les résis­tances de tous bords, sans tenir compte de l’influence du Mossad, de l’OTAN et des révolutions de couleur dans le déclenchement des conflits les plus dramatiques.

Durant la longue période de mondialisation et d’unipolarité, une quatrième approche pour expliquer le nouvel impérialisme de cette phase s’est développée. Les tenants de cette thèse affirmaient que le capital s’étendait en créant des crises de surproduction, en augmentant les dépossessions et en générant de nouveaux déséquilibres. ­Rétro­spectivement, la thèse du nouvel impérialisme partage les présupposés problématiques de cette période, estimant que les États-Unis consolidaient leur position de puissance dominante, que la globalisation impliquait une intégration mondiale effective des capitaux, que la planète entière était devenue capitaliste (y compris la Chine) et que la tradition de dépendance consistant à drai­ner des ressources depuis les périphéries avait perdu son importance. Elle n’a pas perçu le déclin continu des États-Unis. Elle a mis en lumière le bellicisme mais l’a dissocié de ce déclin. D’une certaine manière, ces perspectives tendaient à considérer la mondialisation comme une période d’empire informel sous commandement américain. Or les États-Unis n’ont jamais modéré leur recours à la coercition et n’ont jamais exercé d’empire informel, comme le démontre leur principe directeur fondamental, la doctrine Monroe. Supposer que leurs actions étaient déterminées par la séparation croissante de l’économie et de la politique revient à ignorer que l’État impérial américain a mené des interventions militaires permanentes à l’échelle mondiale pour affirmer sa primauté.

Claudio Katz est économiste. Il est professeur à l’université de Buenos Aires.

Cause commune48 • mars/avril 2026