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La généralisation de la guerre est un risque majeur pour l’ensemble des peuples et des nations. Les exemples historiques d’une crise régionale dégénérant, à court terme, en une conflagration généralisée abondent.

Cet article est écrit après la décision du gouvernement russe d’enclencher les opérations militaires contre l’Ukraine, alors que les forces armées de la Fédération de Russie font le siège de Kiev. Rappelons que rien ne peut justifier ce choix de déclencher la guerre, même si on ne peut pas faire passer par pertes et profits les surenchères des États-Unis et de l’OTAN. La première urgence est de faire cesser les combats ! Tous les crimes de guerre devront faire l’objet d’une enquête indépendante et leurs responsables punis en vertu du droit international. Il faudra y inclure ceux commis depuis le début de la guerre civile ukrainienne en 2014.

« Sortir de la logique de blocs, entretenue par l’OTAN, et donc le rétablissement de l’indépendance d’une Ukraine non alignée, dans un cadre permettant à l’ensemble du peuple d’Ukraine d’y trouver démocratiquement sa place. »

Au-delà de la question des catalyseurs de la crise, de celle du Donbass, où les populations subissent la guerre depuis 2014 dans l’indifférence générale, et de celle de l’Ukraine, dont l’indépendance et la souveraineté doivent être respectées à l’image de celles de tous les autres États, indépendamment des choix et de la nature de son gouvernement actuel, nous entrons dans une nouvelle phase des relations internationales. Des tabous majeurs ont sauté, comme celui de la menace directe de recourir à l’arme nucléaire. La généralisation de la guerre est un risque majeur pour l’ensemble des peuples et des nations. Les exemples historiques d’une crise régionale dégénérant, à court terme, en une conflagration généralisée abondent.

Arrêter les combats et ouvrir la voie des négociations
Cet engrenage guerrier incontrôlé doit d’urgence être stoppé. Il est minuit moins une. Nos boussoles sont celles de l’internationalisme, du soutien à celles et ceux qui s’expriment en faveur de l’arrêt immédiat des combats, du respect de la souveraineté des peuples et de l’exigence de la paix. Le manifeste de la conférence de Zimmerwald, lueur d’espoir dans le déchaînement de la barbarie, adopté en 1915, disait des va-t-en-guerre : « La vérité est qu'en fait ils ensevelissent, sous les foyers détruits, la liberté de leurs propres peuples en même temps que l'indépendance des autres nations. De nouvelles chaînes, de nouvelles charges, voilà ce qui résultera de cette guerre, et c'est le prolétariat de tous les pays, vainqueurs et vaincus, qui devra les porter. » Cela reste d’une vérité incontestable.
Cela implique des initiatives politiques urgentes, celles de pressions politiques et diplomatiques pour arrêter les combats et ouvrir la voie des négociations. Ajouter de la guerre à la guerre, sous une forme ou sous une autre, n’apporte aucune solution. Les peuples européens, parmi lesquels figurent le peuple d’Ukraine et le peuple russe, n’ont pas besoin de la guerre, y compris pour résoudre leurs différends. Ils n’ont pas davantage besoin de figer les tensions internationales dans une logique de blocs. On en voit aujourd’hui le résultat. Ils n’ont pas besoin non plus de se voir assigner dans des « camps » dessinés par une propagande de « guerre de civilisation » supposée opposer les « démocrates » et les autres.

« Aucune paix durable ne sera possible sur le continent européen sans mettre en chantier une nouvelle architecture commune de sécurité collective, incluant la Russie. »

Se pose donc d’une manière plus impérieuse que jamais la question de la sécurité collective. La sécurité est indivisible. Les événements tragiques actuels montrent, s’il en était besoin, que la sécurité de l’Europe et celle de la Russie, qui en fait partie, sont indissociables. Bâtir l’une contre l’autre entraîne le continent dans une dynamique mortifère, au sens le plus cruel du terme. Le peuple russe est un peuple européen, de par la géographie, l’histoire, les structures économiques. Son apport à l’histoire européenne, au mouvement ouvrier européen, à la lutte des peuples européens, ne peut pas être effacé. Que le pouvoir actuel, autoritaire, nationaliste, et ultralibéral, s’inscrive en faux contre cette réalité n’y change rien. De même qu’on ne peut pas rayer d’un trait de plume le fait national en Ukraine, qui ne peut pas seulement être uniquement résumé aux criminels petliouristes et bandéristes qui ont pignon sur rue en Ukraine et qu’il faut combattre comme tous les fascismes. L’Ukraine libre, c’est celle de Mikola Skrypnyk et celle de Sidor Kovpak ; pas celle des criminels de guerre du bataillon Azov et du nazi Roman Choukhevytch. L’ordre donné à l’Armée rouge en novembre 1919, rédigé par Léon Trotski, précise : « L’Ukraine est la terre des ouvriers et des paysans travailleurs ukrainiens. Ce sont seulement eux qui ont le droit de gouverner et de diriger en Ukraine et y édifier une vie nouvelle. »
Aucune paix durable ne sera possible sur le continent européen sans mettre en chantier une nouvelle architecture commune de sécurité collective, incluant la Russie. Vladimir Poutine passera, la Russie restera. Ce chantier doit inclure l’exigence de sortir de la logique de blocs, entretenue par l’OTAN, et donc le rétablissement de l’indépendance d’une Ukraine non alignée, dans un cadre permettant à l’ensemble du peuple d’Ukraine d’y trouver démocratiquement sa place. Elle devra également prendre des décisions sur le désarmement multilatéral et global du continent, alors que la concentration en armes nucléaires et en armes de portée intermédiaire fait courir à tous les peuples européens un danger majeur.
La France, qui devrait faire entendre une voix singulière en toute indépendance, en faveur de la sécurité humaine collective et de la paix, doit jouer un rôle moteur dans la sortie rapide du conflit, dans la résolution de ses causes et dans la construction d’un espace commun de paix et de sécurité collective. 

Texte écrit le 27 février 2022.

Cause commune • mars/avril 2022