Le 40e congrès du Parti communiste français aura lieu du 4 au 6 juillet prochain et les conférences locales débuteront à la mi-juin. Léon Deffontaines, responsable de la commission du texte, chargée de rédiger la proposition de base commune du conseil national, revient pour Cause commune sur l’élaboration de cette dernière. D’ici là, les communistes sont toujours appelés à contribuer sur congres2026.pcf.fr

CC : La commission a-t-elle reçu beaucoup de contributions et sur quoi portaient-elles ?
Léon Deffontaines : Depuis l’ouverture de la phase des contributions, nous avons reçu plusieurs centaines de textes. C’est inhérent au fonctionnement démocratique de notre parti : les communistes s’emparent pleinement de ce moment pour nourrir le débat collectif. Ces textes portent sur des sujets très variés. Nous recevons notamment beaucoup de remontées sur l’organisation du parti : les campagnes nationales, le rôle des directions, la formation des cadres ou encore la structuration du Parti communiste français. Les prochaines échéances électorales sont également très présentes dans les contributions. Sans nul doute, ces deux sujets irrigueront une bonne partie des débats du congrès. Nous recevons aussi de nombreux textes sur la situation internationale. Les questions de paix, d’autodétermination des peuples et de solidarité internationale font partie de l’ADN des communistes, et cela ne changera pas. D’autres contributions portent sur des enjeux essentiels pour les Français : les services publics, l’industrie, l’énergie, la sécurité ou encore la lutte contre les discriminations. Nous avons également reçu plusieurs contributions collectives issues des commissions de travail du parti, ce qui témoigne de leur vitalité.
« Les contributions traduisent la diversité des engagements et des expériences militantes qui font la richesse de notre parti. »
Au fond, la diversité de ces contributions reflète l’enracinement profond des communistes dans la société. Elles sont souvent liées aux combats que les communistes mènent sur le terrain, dans les associations, les syndicats ou les mobilisations locales. Elles traduisent la diversité des engagements et des expériences militantes qui font la richesse de notre parti.
CC : Comment avez-vous travaillé pour traiter ces contributions ?
La commission de transparence des débats reçoit l’ensemble des contributions. Elle les examine, les classe par grandes thématiques et en réalise des synthèses qui sont ensuite mises à la disposition des membres de la commission du texte. Ce travail permet d’avoir une vision claire des préoccupations, des analyses et des propositions qui remontent des communistes et des structures du parti, afin qu’elles puissent nourrir concrètement la rédaction de la base commune. Par ailleurs, nous ne travaillons pas uniquement à partir des contributions. Nous nous appuyons également sur les livrets thématiques réalisés par les commissions de travail du parti. Les membres de la commission texte se sont réparti un certain nombre d’auditions : responsables de commissions, syndicalistes, responsables associatifs.
CC : Quel bilan provisoire peut être tiré des 38e et 39e congrès ?
Le 40e congrès doit permettre de fixer un nouveau cap pour la gauche. Pour y parvenir, nous devons bien sûr analyser les évolutions du monde et de la société française, mais aussi être capables de tirer un bilan politique et organisationnel lucide des précédents congrès. Les 38ᵉe et 39eᵉ congrès ont permis de réaffirmer la place et l’utilité du Parti communiste français dans le paysage politique national et dans les luttes sociales. Ils avaient en particulier fixé un objectif central : renforcer l’implantation du parti dans le monde du travail et dans les entreprises. Des dynamiques nouvelles existent. Des initiatives se sont développées dans les quartiers populaires, parmi les jeunes et dans plusieurs secteurs professionnels. Mais nous devons faire preuve de lucidité : nos ambitions nécessitent des moyens politiques et organisationnels à la hauteur. Par exemple, l’objectif de recréer des cellules dans l’ensemble des sections du parti n’est pas encore atteint. Si les 38ᵉe et 39eᵉ congrès ont permis de poser des ambitions, le 40ᵉe devra donner les moyens qu’elles soient réellement atteintes. La présence du parti aux différentes échéances électorales nationales a également permis de faire émerger de nouvelles figures, d’ouvrir un espace politique et de commencer à rendre davantage visibles nos propositions.
« L’ambition de ce congrès est claire : poser la question de la conquête des pouvoirs et des chemins pour y parvenir. »
Pour autant, les résultats électoraux montrent que la présence du PCF aux élections nationales ne suffit pas à elle seule. Il faut que la sympathie dont bénéficie notre parti — et notre secrétaire national Fabien Roussel — puisse se transformer en adhésion à notre projet et à notre organisation. C’est précisément l’un des enjeux du 40e congrès : franchir une nouvelle étape en transformant cette sympathie en engagement durable. Cela suppose de reposer clairement notre projet et de répondre à une question décisive : À qui voulons-nous nous adresser et comment organisons-nous notre action pour être réellement utiles aux travailleuses et aux travailleurs et aux classes populaires ?
CC : Quels seront les grands axes du texte de la proposition de base commune ?
La commission du texte a fait le choix d’organiser la proposition de base commune autour de trois grandes parties.
La première sera consacrée à l’analyse du monde et de la France depuis le 39e congrès. Le monde évolue très rapidement. Nous assistons à des recompositions profondes des rapports de force internationaux, avec notamment la contestation de l’hégémonie du dollar, qui ouvre une nouvelle phase de tensions géopolitiques, dont la réélection de Donald Trump est une expression. Dans ce contexte, la voix de la France sur la scène internationale s’affaiblit. Les attaques libérales contre notre modèle social et industriel entraînent un véritable déclassement pour de nombreux travailleurs et empêchent le pays de peser réellement dans les rapports de force mondiaux. L’échiquier politique français s’en trouve profondément bouleversé.
« Les élections sont évidemment un moment important, mais elles s’inscrivent dans une stratégie plus globale : reconstruire une force populaire capable de parler aux travailleurs, aux classes populaires et à la jeunesse. »
La gauche peine à apporter des réponses à la hauteur de la situation ; de plus, elle se retrouve prise en étau entre, d’un côté, une offre sociale-libérale qui accompagne les politiques austéritaires européennes, et, de l’autre, une offre populiste qui brutalise la vie politique, tout en masquant la lutte des classes derrière des affrontements identitaires. Ces deux orientations constituent une impasse, car elles ne permettent pas de reconstituer le socle social historique de la gauche. Pire encore, en participant à l’effacement de la lutte des classes ou en trahissant les intérêts populaires, elles favorisent directement la progression de l’extrême droite. Face à cela, nous avons besoin d’un Parti communiste français capable de dépasser ces contradictions en proposant un nouveau cap pour la gauche et en portant une ambition claire : rassembler largement le peuple de France pour conquérir les pouvoirs sociaux, économiques et politiques.
Pour cela, la deuxième partie de notre congrès sera consacrée aux batailles prioritaires du parti pour reconstruire cette base sociale. Il ne s’agira pas de dresser une liste exhaustive de toutes nos propositions, mais d’identifier quelques grandes batailles politiques à mener d’ici le congrès suivant. Des batailles qui permettront au PCF d’affirmer son originalité : un parti profondément internationaliste, qui porte le parti pris du travail, le développement des forces productives, un meilleur partage des richesses et la construction d’une nouvelle république.
« Les conflits et les tensions actuels, au Moyen-Orient, illustrent les contradictions profondes du système capitaliste mondialisé et la montée en puissance de l’impérialisme des États-Unis. »
Enfin, la troisième partie concernera le parti en action. Nous ne voulons pas seulement affirmer des ambitions, mais définir concrètement les chemins pour les atteindre : renforcer notre structuration en cellules, développer notre présence dans les entreprises et les quartiers populaires, poursuivre la féminisation du parti et renforcer la formation de nos cadres et de nos directions. Nous souhaitons également mettre en avant deux grandes campagnes nationales structurantes, afin d’inscrire l’action du parti dans la durée et d’articuler objectifs politiques et objectifs d’organisation. Dans ce cadre, nous aborderons également la stratégie du PCF pour les prochaines échéances électorales de 2027.
CC : Le congrès intervient entre deux scrutins importants. Quelle influence cela a-t-il sur la rédaction de la proposition de base commune ?
Les élections ne doivent pas être l’alpha et l’oméga de l’activité du parti. Certains voudraient sans doute résumer notre congrès à la seule question de la participation ou non du parti à l’élection présidentielle. Ce ne sera pas le cas. Pour autant, les élections – en particulier l’élection présidentielle – ont un caractère structurant dans la vie politique française et déterminent largement les rapports de force politiques pour les cinq années à venir.
Évidemment, la base commune sera l’occasion de clarifier nos orientations pour les échéances à venir. La base commune abordera donc les perspectives électorales, notamment en vue des prochaines élections présidentielle et législatives. Mais ces choix ne seront pas traités isolément : ils découleront directement de l’analyse politique que nous faisons de la situation du pays et des orientations que nous voulons porter.
« La gauche se retrouve prise en étau entre, d’un côté, une offre sociale-libérale qui accompagne les politiques austéritaires européennes, et de l’autre, une offre populiste qui brutalise la vie politique tout en masquant la lutte des classes derrière des affrontements identitaires. »
Nous sommes confrontés à une situation préoccupante : une extrême droite qui se rapproche du pouvoir et une gauche qui voit sa base sociale se rétrécir à mesure qu’elle s’enferme dans ses contradictions. Ce congrès doit nous aider à prendre de la hauteur, à analyser les causes de la progression de l’extrême droite, mais aussi à tirer les leçons des défaillances de la gauche au cours des vingt dernières années, afin de prendre les décisions politiques permettant à notre camp de l’emporter. Pour changer la donne, nous devons faire des choix politiques qui permettent au Parti communiste français de s’adresser beaucoup plus largement au peuple de France, et pas uniquement aux électeurs déjà acquis à la gauche.
L’ambition de ce congrès est claire : poser la question de la conquête des pouvoirs et des chemins pour y parvenir. Les élections sont évidemment un moment important, mais elles s’inscrivent dans une stratégie plus globale : reconstruire une force populaire capable de parler aux travailleurs, aux classes populaires et à la jeunesse.
CC : L’évolution rapide et incertaine du contexte international se ressent-elle dans les contributions des communistes ? Comment la commission travaille-t-elle sur ces questions ?
Oui, très clairement. Les textes qui arrivent témoignent d’une forte préoccupation face aux bouleversements internationaux. Nous vivons une période de recomposition profonde du monde : la globalisation libérale telle qu’elle s’est construite depuis les années 1990 montre aujourd’hui ses limites. Face à la contestation de l’hégémonie du dollar et aux résistances qu’elle suscite, les conflits se multiplient et l’ordre mondial tel que nous le connaissions est en plein bouleversement. Dans ce contexte, une partie des classes dirigeantes apporte des réponses autoritaires et réactionnaires. Le trumpisme en est une illustration, mais on observe aussi la montée de forces d’extrême droite dans de nombreux pays. Les conflits et les tensions actuels, notamment au Moyen-Orient, illustrent les contradictions profondes du système capitaliste mondialisé et la montée en puissance de l’impérialisme des États-Unis. Dans le même temps, la France et l’Europe se montent largement incapables de faire respecter le droit international et de peser réellement en faveur de la paix. Ces questions seront donc pleinement intégrées dans notre analyse, car elles conditionnent les choix politiques que nous devons faire pour la France et pour le rôle que doit y jouer le Parti communiste français. Nous devons être capables d’analyser l’actualité la plus immédiate, tout en gardant une analyse froide sur les évolutions de fond et la recomposition de l’ordre mondial.
CC : Quelles seront les prochaines grandes étapes du congrès et comment les communistes peuvent-ils s’en saisir ?
La première étape est celle des contributions, qui reste ouverte. En revanche, plus tôt elles arrivent, plus elles peuvent nourrir le travail de la commission du texte, chargée d’élaborer la base commune. La base commune sera adoptée au conseil national du dernier week-end de mars. Ensuite, le texte d’orientation sera soumis au vote des communistes. Ils devront se prononcer sur le texte qui servira de base aux débats dans les congrès locaux jusqu’au congrès national. Une fois adopté, ce texte sera enrichi et discuté dans les congrès de section et de fédération, avant le congrès national qui réunira des délégués venus de l’ensemble des fédérations et qui se tiendra début juillet à Lille. Cette vitalité démocratique n’est pas un simple héritage : c’est une condition d’efficacité politique. Elle permet de confronter nos analyses aux réalités vécues par les communistes dans toute leur diversité et de prendre collectivement les meilleures décisions.
« Ce congrès doit nous aider à analyser les causes de la progression de l’extrême droite, mais aussi à tirer les leçons des défaillances de la gauche au cours des vingt dernières années, afin de prendre les décisions politiques permettant à notre camp de l’emporter. »
Le 40e congrès s’annonce donc comme un moment important. Dans une période marquée par la crise du capitalisme, la progression de l’extrême droite et l’affaiblissement de la base sociale de la gauche, il doit permettre au PCF de définir une ambition claire : être un outil utile aux travailleurs pour la conquête des pouvoirs et la transformation de la société.
Propos recueillis par Dorian Mellot.
Cause commune n° 47 • janvier/février 2026