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À la veille des élections municipales et du 40e congrès du PCF, Cause commune rencontre Christophe Grassullo, trésorier national, pour éclairer les enjeux financiers qui traversent aujourd’hui le parti. Entre baisse de l’aide publique, nécessité de repenser nos moyens et exigence de solidarité militante, il invite à faire de la cotisation et de la souscription non seulement un geste de soutien, mais un acte pleinement lié aux luttes, aux campagnes et à l’intervention communiste dans le pays, afin de doter durablement le parti des finances nécessaires à l’autonomie de son activité

CC :  En lançant en octobre la campagne nationale « On ne plie pas. On souscrit ! », le PCF a frappé fort. Faut-il y voir un signal d’alarme : les finances du parti sont-elles dans le rouge ?

Cette qualification est un peu excessive. En réalité, le PCF dispose de moyens financiers et matériels importants répartis entre nos différents niveaux d’organisation, sections, fédérations et conseil national. Il a notamment un patrimoine unique, dans quasiment tous les territoires. Toutefois, il faut bien admettre que ces moyens ont été réduits au fil du temps, avec la perte d’adhérents et les reculs électoraux depuis quarante ans.

Ils doivent donc être interrogés collectivement avec plus d’acuité. On ne peut pas penser le financement de notre activité politique avec le regard d’il y a quarante ans ou même vingt ans.

Parmi tous ces moyens, les finances nationales ont subi des reculs sensibles cette année avec la perte de députés (dont dépend le calcul de l’aide publique) ou encore avec la décision du gouvernement de nous punir en appliquant à la lettre plutôt qu’à l’esprit la règle électorale sur la parité des candidatures. Nous avons présenté plus de femmes que d’hommes et nous sommes sanctionnés de la même façon que les partis qui ont délibérément assumé le choix inverse, quitte à perdre des centaines de milliers d’euros. Il suffit de voir les bancs du parlement pour constater que de la parité des candidatures à la parité des élus, il y a un gouffre !

Travailler à la cohérence nationale de l’intervention communiste, impulser plus de campagnes politiques dans tout le pays, nécessitent de renforcer les moyens matériels, humains et financiers du PCF

Il y a donc besoin d’une réflexion de deux ordres sur notre vie financière. D’abord répondre à l’urgence face à la baisse de l’aide publique, en particulier par la souscription militante et populaire. Ensuite, et plus fondamentalement, penser plus globalement et plus durablement les finances du PCF. Dans cette réflexion, je pense que la question des moyens nationaux doit notamment retenir l’attention des communistes. Si nous voulons intensifier le travail de notre direction, de ses commissions, de ses instances, si nous voulons mieux travailler à la cohérence nationale de l’intervention communiste, si nous voulons impulser plus de campagnes politiques dans tout le pays, alors, oui, il faut renforcer ses moyens matériels, humains et financiers. Et il ne s’agit évidemment pas de les renforcer au détriment de la vie de nos fédérations et de nos sections, car nos instances locales sont décisives pour une intervention communiste organisée dans les territoires, dans les quartiers et surtout dans les entreprises.

C’est la raison pour laquelle j’insiste beaucoup sur la souscription nationale qui doit être en permanence l’affaire de tous les communistes, de toutes les sections et fédérations. De la même façon que le conseil national ne peut se désintéresser des moyens de nos fédérations. C’est bien le sens de l’aide financière qu’il apporte chaque mois à un certain nombre d’entre elles, assurant ainsi la solidarité entre toutes les fédérations et tous les communistes.

 

CC :  Quels sont les prochains dossiers lourds qui vont demander des investissements financiers importants pour permettre au PCF de franchir un cap ?

Évidemment, j’ai en tête notre 40e congrès qui doit permettre un grand débat stratégique dans tout le parti. Sa préparation et son organisation, début juillet, doivent être imaginées en ce sens. Des congrès de section jusqu’au congrès national, nous devons donner aux communistes la possibilité de disposer des meilleures conditions d’appropriation des débats, d’y contribuer le plus largement possible et de prendre les meilleures décisions à tous les niveaux. Cela nécessite des moyens concrets, notamment en matière de communication, de mise à disposition de contributions et de bilans, d’organisation des débats qui permettent à l’intelligence collective des communistes de s’exprimer au maximum.

Les municipales vont également mobiliser beaucoup de moyens dans les sections et les fédérations. Il nous faut également provisionner des financements pour les échéances nationales de 2027, qui évidemment ne s’improvisent pas.

Nous avons aussi besoin d’aider plus à l’intervention communiste en direction des entreprises, des services publics, avec des matériels favorisant les gestes militants en ce sens.

Nous sommes également en train de progresser significativement dans notre présence sur les réseaux sociaux mais il nous faut amplifier cet effort avec des outils numériques adaptés. Ce sont des investissements lourds, comme ceux que nous devons mener pour notre siège national.

Je pense enfin à la formation des militants communistes, dans un monde en plein bouleversement, avec une crise systémique qui nécessite beaucoup d’efforts d’analyse, de maîtrise des propositions et du projet communiste. Nous avons besoin de former un plus grand nombre de camarades.Tout ceci nécessite de travailler à des moyens nouveaux, plus conséquents.

 

CC :   Peux-tu détailler la composition des ressources du PCF ? En quoi leur structure se distingue de celle des autres formations politiques ?

Près de la moitié de nos ressources annuelles de fonctionnement – soit environ 12 millions d’euros - provient des cotisations des adhérents et du reversement des élus. L’aide publique ne représente que 3 % de nos recettes. C’est évidemment atypique dans le paysage politique français.

L’aide publique représente 100 % des ressources de Renaissance, 73 % de celles de la France insoumise, 63 % des Républicains et 60 % de celles du Rassemblement national, un parti récemment sanctionné pour détournement de fonds publics…

Les dons représentent environ 16 % des ressources du PCF pour 4,5 millions d’euros. Ils proviennent de militantes et de militants mais aussi d’amis du parti, de compagnons de route, de syndicalistes…

Ces chiffres me conduisent à insister sur le financement militant et populaire du PCF.

Je suis toujours frappé par un chiffre : 27 % des cotisations d’adhérents perçues par l’ensemble des partis politiques en France sont versés au PCF. Il faut un sacré niveau de conscience de la part des communistes pour faire un tel effort financier pour leurs idées et leur parti.

Valorisons cette originalité, qui dit beaucoup de ce qu’est le PCF, de notre conception de l’engagement militant ! Cultivons-la positivement, pour l’adapter aux conditions politiques du moment, aux difficultés comme aux potentiels. Par exemple, en nous donnant de nouveaux objectifs pour la cotisation et les souscriptions.

Sortons de nouveau les drapeaux et les troncs aux portes des entreprises quand nous diffusons nos matériels !

Je pense qu’il faut pour cela redonner à chaque adhérent le sens politique de la cotisation, qui ouvre bien sûr des droits en ce qui concerne le vote, mais permet surtout à nos instances d’agir dans les luttes, de mener des batailles politiques, électorales, d’intervenir dans les batailles d’idées. En travaillant partout à « la cotisation à 1 % minimum », comme le prévoient nos statuts, nous pouvons à la fois renforcer l’engagement militant et nous donner des marges de manœuvre financières, dans les sections, fédérations et nationalement.

Nous devrions également réfléchir à mieux relier nos souscriptions à nos batailles politiques et aux luttes auxquelles nous participons. Posons-nous assez la question de l’aide financière des travailleurs dans toutes les luttes auxquelles nous apportons notre soutien sous des formes diverses ? Sortons de nouveau les drapeaux et les troncs aux portes des entreprises quand nous diffusons nos matériels !

Quoi de plus naturel pour un parti communiste, pour un parti qui veut rassembler le monde du travail sur des bases de classe, que de poser la question de son financement au plus grand nombre de travailleurs ? C’est de ne pas poser cette question plus systématiquement qui est étonnant.

Avec la crise sociale, nous sommes souvent timorés sur cette question, parce que nous savons ce que subissent les gens en matière de salaires, de précarité. Mais le PCF a compté dans ses rangs, en d’autres époques, nombre d’ouvriers et d’employés pour qui cet effort financier n’était pas mineur non plus. Les effets de la crise pèsent donc sur les souscriptions. Mais aussi notre détermination à poser la question de notre financement de façon plus systématique… et politique !

 

CC : Les élus communistes reversent une part importante de leurs indemnités au parti. Ce choix qui a une longue histoire relève-t-il d’une volonté d’éviter tout enrichissement personnel en politique ?

C’est effectivement un aspect important de notre histoire que le reversement de leurs indemnités par nos élus. Au PCF, on ne fait pas carrière et on ne s’enrichit pas en acceptant d’exercer un mandat d’élu, certes lié au suffrage populaire mais issu de la décision des adhérents du parti, qui votent systématiquement pour désigner leurs candidats.

Cette pratique est très vertueuse politiquement. La prise de responsabilité n’est ainsi pas liée à une « récompense financière », mais bien à un engagement militant, sans arrière-pensée. C’est un rapport à la politique, aux citoyens, totalement désintéressé. De quoi combattre la défiance à l’égard de l’engagement politique. Aucun autre parti ne peut en dire autant.

Ce geste permet en outre de financer les diverses instances du parti et de contribuer ainsi à l’activité de tout le parti, à l’intervention de chaque communiste.

La quasi-totalité des élus communistes se conforment à cette règle de façon très naturelle, pour leur parti et ses militants, mais aussi pour ne pas dépendre financièrement de leur mandat électif. Pour les rares qui ne la respectent pas, il faut continuer à exiger – dans la fraternité – le respect de nos règles de vie, communes à tous.

 

CC : Loin des appuis de grandes fortunes, ce financement par les adhérents peut-il se penser comme la clé de l’autonomie politique du PCF ?

Le financement fondé prioritairement sur la cotisation mensuelle et le reversement des élus nous préserve, au moins pour partie, de certaines stratégies politiques opportunistes. Ça ne suffit pas à l’autonomie politique qui passe surtout par l’approfondissement des orientations stratégiques et des décisions de nos deux derniers congrès, notamment avec la promotion des idées communistes partout dans la société, et sur des conceptions du rassemblement qui dépassent les seuls accords électoraux.

Mais ce mode de financement est une pierre à l’édifice d’un parti communiste – donc révolutionnaire – qui a vocation à redevenir un grand parti populaire, porteur d’un projet révolutionnaire.

En tout état de cause, nous sommes cohérents de ce point de vue : nous travaillons concomitamment à l’autonomie politique du parti et à l’autonomie de ses moyens.

 

CC :  Dans un contexte où la défiance envers les partis politiques ne fait que s’accroître, en quoi ce mode de financement peut-il être un rempart contre la suspicion ?

Là encore, ça ne règle pas toute la question du rapport à la politique et aux partis politiques. Lequel a été beaucoup abîmé par les « affaires » bien sûr. Mais on voit bien que le RN, par exemple, continue d’étendre son influence alors même qu’il est pris de plus en plus souvent dans des affaires particulièrement graves.

Au-delà de la probité, la suspicion, la méfiance à l’égard des élus et des formations politiques, sont surtout alimentées par les renoncements, les promesses non tenues, et parfois le discrédit lancé sur les partis politiques par ceux-là mêmes qui s’en servent comme des tremplins pour accéder ou tenter d’accéder au pouvoir, national ou local… quitte à les rendre ensuite responsables de la crise démocratique et institutionnelle.

Il faut faire beaucoup de démonstrations concrètes sur l’utilité de notre parti, singulièrement dans le cadre d’une Ve République qui pousse à la personnalisation et à la concentration des pouvoirs. Nous, nous sommes convaincus que les changements attendus par le monde du travail, par notre peuple appellent plus que jamais du collectif, un partage des décisions et des pouvoirs, une intervention politique organisée, où le militant est la force motrice du projet politique et de la bataille idéologique, en particulier au sein de l’entreprise ou des services publics.

La question du fonctionnement des partis, et par conséquent de leur financement doit être cohérente avec tout ça. Qui peut croire que des organisations politiques au fonctionnement vertical, autocratique, parfois même autoritaire seraient par un coup de baguette magique plus vertueuses une fois à la tête d’institutions ? Nous, nous décidons collectivement à tous les niveaux : avec des budgets de sections, fédérations et conseil national soumis au débat et à la délibération de tous les communistes. Qui peut en dire autant ?

 

CC : En tant que trésorier national, comment évalues-tu la place et le rôle de la politique financière au sein du PCF, en particulier au niveau local ?

Nous devons mettre en rapport nos batailles politiques et les conditions matérielles de leur réalisation. À défaut, nous pouvons cultiver les discours incantatoires et, finalement, l’impuissance politique et, pire, le défaitisme. Non, les moyens ne suivent pas naturellement les meilleures stratégies politiques. Ils ne se décrètent pas, ils se conquièrent !

La bataille financière doit être conçue comme un des outils de nos objectifs politiques, au même titre que la formation des adhérents et des cadres, la communication, l’organisation.

Il faut penser notre vie financière à partir de nos objectifs politiques. De quels moyens avons-nous besoin ? Quelles sont les priorités politiques ?

27 % des cotisations d’adhérents perçues par l’ensemble des partis politiques en France sont versés au PCF

Je pense que nous avons toujours maintenu un haut niveau d’exigence sur notre vie financière, précisément parce que c’est un enjeu majeur pour le déploiement de l’activité communiste. Mais le contexte évolue avec des reculs électoraux historiques, avec un nombre d’adhérents certes important mais qui n’est plus celui d’il y a vingt ou trente ans. Et je suis donc soucieux de hisser la vie financière au bon niveau dans nos débats et dans nos décisions. C’est vrai au plan national comme au niveau local, où nous devons remettre cette question plus régulièrement en débat et même en délibération collective. Elle ne peut pas être l’affaire d’un ou d’une trésorière.

Enfin, nous agissons dans un cadre juridique totalement nouveau depuis quelques années, avec les lois sur le financement de la vie politique et avec la consolidation de nos comptes. Ceci contraint l’ensemble de nos organisations à faire preuve d’une extrême rigueur en matière de vie financière. Cela veut dire mobiliser des moyens militants localement, plus nombreux et mieux formés, pour assumer ces tâches.

En tout état de cause, le repère, ça doit être : « Quels moyens conquérir et surtout comment les tourner prioritairement vers une intervention communiste de proximité, pour mener la bataille d’idées et organiser les luttes ? »

 

CC : À l’approche des municipales, comment repenser la stratégie financière du parti ? Quelles initiatives audacieuses pourraient être mises en œuvre ?

Profitons de cette campagne électorale pour renforcer le parti, avec des adhésions et bien sûr la cotisation. C’est une élection où les communistes démontrent le plus efficacement leur utilité, celle de la nécessité d’une organisation communiste pour porter des projets de transformation radicale de la société, celle de leur capacité à rassembler très largement. Renforçons aussi le nombre d’élus, sans opportunisme, mais étant conscients de leur utilité dans les débats politiques autant que dans la vie financière de nos instances.

C’est l’occasion – sans que ça percute l’action des candidats communistes, au contraire – de poser la question du renforcement de l’influence communiste, au niveau local et à l’échelle du pays. Avec un plus grand nombre d’élus communistes, un parti plus fort et mieux structuré et disposant de plus de moyens humains, matériels et financiers.

Et de voir tous nos adhérents, sans exception, en reposant la question de la cotisation, de son montant et bien sûr du financement de la campagne.

Cause commune46 • novembre/décembre 2025