Le conseil national du PCF, qui s’est tenu le 5 juillet 2025 a décidé de lancer une campagne nationale autour de la construction d’un pacte pour la France. Il s’agit d’un projet participatif qui entend associer le monde du travail et les citoyens à son élaboration pour ouvrir la voie au changement en partant des réalités concrètes. Véronique Mahé, responsable nationale à la Vie du parti, nous présente cette campagne, ses objectifs et les moyens de la porter.

CC : Lors de la fête de l’Humanité, le PCF a lancé sa campagne autour du « pacte pour la France ». Peux-tu nous préciser de quoi il s’agit ?
Le pacte pour la France n’est pas un programme figé, mais une véritable méthode collective d’action politique. Il puise sa force dans les réalités concrètes et les aspirations populaires : salaires, santé, logement, emploi, jeunesse, retraites. Son ambition ? Rebâtir une majorité capable de restaurer la confiance en la politique, loin du face-à-face stérile entre libéralisme et extrême droite. Le Parti communiste propose ainsi dix grandes priorités pour le débat et la mobilisation : garantir le droit à l’emploi et à une retraite digne, relancer l’industrie et les services publics, relever ensemble les défis énergétiques et écologiques, ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse, assurer la maîtrise publique des secteurs stratégiques, créer un pôle bancaire public et une fiscalité équitable, conquérir l’égalité réelle femmes-hommes, refonder la démocratie, agir pour la paix, et bâtir une autre Europe, fondée sur la coopération et la souveraineté des peuples.
« De rencontres en réunions publiques, en passant par les débats dans les associations ou à la sortie des écoles, chaque initiative permet de partager le projet, recueillir des propositions et animer la dynamique citoyenne.»
En somme, le pacte pour la France impulse une démarche collective, fondée sur l’engagement et la délibération populaire. Il rassemble toutes celles et tous ceux qui veulent transformer le pays dans le sens du progrès social, écologique et démocratique, préparant une nouvelle étape politique pour la gauche et pour la France.

C’est à la fête de l’Humanité, que le PCF a lancé sa campagne « Un pacte pour la France ».
CC : Le pacte pour la France est un projet participatif, où en sommes-nous des contributions ?
Depuis son lancement à la Fête de l’Humanité, le pacte pour la France a enclenché une multitude d’initiatives : débats publics, rencontres syndicales, forums dans les entreprises, ateliers citoyens, tables rondes sur l’écologie ou la solidarité. C’est dans les espaces de vie et de travail, au plus proche des réalités, que la démarche prend corps et nourrit la réflexion sur les grands chantiers : emploi, salaires, santé, services publics, démocratie, écologie.
Cette dynamique permet de préciser les priorités et d’ouvrir la voie à la prochaine phase, en perspective des élections municipales. Le pacte avance comme un processus vivant, forgé par la parole citoyenne et l’implication militante, afin de construire un horizon commun et fédérateur autour de la transformation du pays.
CC : Quels sont les objectifs de la campagne et comment les militants peuvent-ils s’en saisir ?
La campagne du pacte vise un objectif clair : replacer le monde du travail, la jeunesse et la création au cœur de la vie démocratique, tout en rassemblant une majorité sociale autour d’un projet de société émancipateur et durable. Face à l’austérité galopante, à l’affaiblissement des services publics et à la montée des extrêmes, il s’agit de bâtir une alternative de gauche crédible, populaire, tournée vers l’avenir. Concrètement, il s’agit de faire connaître, enrichir et débattre les dix axes fondateurs du pacte : emploi, salaires, transition écologique, jeunesse, démocratie, paix, reconstruction industrielle… Ces orientations sont ouvertes à la discussion pour permettre à toutes et à tous – dans les communes, sur les lieux de travail, au sein des associations – de s’en emparer. Pour les militantes et militants, le pacte pour la France est une véritable boîte à outils : de rencontres en réunions publiques, en passant par les débats dans les associations ou à la sortie des écoles, chaque initiative permet de partager le projet, recueillir des propositions et animer la dynamique citoyenne. Au-delà, cette campagne sert aussi de tremplin pour intensifier les contacts, élargir la base militante et accueillir de nouveaux membres au Parti communiste. À chaque étape, la présence sur le terrain, l’écoute et l’ouverture aux nouveaux réseaux facilitent le renouveau militant. S’engager pour le pacte, c’est renforcer le Parti communiste, construire un espoir politique et lui donner les moyens d’être le moteur du renouveau à gauche. C’est bien cette dynamique collective, ancrée dans le quotidien, qui donnera au pacte sa force et renforcera durablement notre parti.
CC : La campagne doit permettre d’unir le monde du travail, comment y contribue-t-elle ?
Le pacte pour la France se veut un véritable levier pour retisser l’unité du monde du travail, dans un contexte où la vie chère, la précarité et la remise en cause des droits sociaux bouleversent le quotidien.
L’objectif : fédérer l’ensemble des travailleurs – salariés, jeunes, retraités, précaires, syndicalistes – autour de combats construits à partir des réalités vécues. Tout commence par l’écoute attentive de celles et ceux qui subissent l’austérité et la logique du profit. Par cette campagne, nous encourageons la convergence des luttes pour des salaires dignes, la défense de l’emploi, des services publics et de la Sécurité sociale, la lutte contre les fermetures d’usines. Le pacte relie étroitement les enjeux sociaux et politiques : il s’agit de replacer le travailleur au centre de la transformation du pays. Cette unité s’élabore par l’action commune et le débat ouvert localement. Chaque section du parti est invitée à aller à la rencontre des salariés, dialoguer avec les syndicats, associations et élus locaux, pour élaborer des solutions partagées, adaptées aux besoins concrets. Face aux défis majeurs des Pyrénées-Orientales (progression démographique rapide, concentration urbaine, saturation des infrastructures routières, lignes ferroviaires à rénover, recul des services publics), le PCF 66 a engagé depuis plusieurs mois une démarche collective et offensive, illustrant concrètement comment la campagne du pacte pour la France prend racine dans chaque territoire. En s’appuyant sur la mobilisation ZFE (zone à faibles émissions) dans l’agglomération et en menant une réflexion de fond sur la mobilité, elle a construit sa campagne en partant des réalités locales : déplacements difficiles, pression accrue sur les services publics et enjeux climatiques urgents. Au cœur de cette dynamique locale, la campagne « Vive le train », menée avec des collectifs citoyens et des syndicalistes, repose la distribution de tracts, le lancement d’une pétition militante (plus d’un millier de signatures) et la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux. Cette mobilisation a été renforcée par la visite d’un site ferroviaire menacé, en présence du député Édouard Bénard. En associant citoyens, syndicats et collectifs, la fédération relie justice sociale, transition écologique, transformation territoriale et défense de l’accès aux services publics, donnant ainsi un visage concret et mobilisateur au pacte pour la France dans le département. Partout, les communistes font vivre le pacte en mettant en avant la parole des travailleuses et travailleurs. Ainsi, le pacte pour la France crée une passerelle directe entre luttes sociales et projet politique, pour que le travail soit reconnu comme moteur de l’avenir, grâce à l’implication et à la force du collectif.
CC : L’espace médiatique est saturé par la crise politique et l’approche des élections municipales, présidentielle et législatives. Les objectifs de cette campagne sont-ils tenables dans ce contexte et comment articuler la campagne avec cette actualité politique ?
C’est précisément face à ce climat tendu et à la multiplication des échéances politiques que notre campagne prend tout son sens. Plutôt que d’ajouter au bruit ambiant, le pacte pour la France offre un cap clair, à rebours des logiques de division ou de résignation qui saturent le débat public. Nos objectifs tiennent parce qu’ils s’appuient sur les faits, les attentes du pays, non sur les polarisations imposées par les médias. Sur le terrain, des initiatives concrètes l’illustrent : forums sur l’emploi local, collectifs pour la défense du service public de l’eau, plans d’action dédiés à l’accueil des jeunes… Tout cela s’inscrit dans l’actualité, mais sans jamais perdre de vue les priorités du pacte.
« Chaque section du parti est invitée à aller à la rencontre des salariés, à dialoguer avec les syndicats, associations et élus locaux, pour élaborer des solutions partagées, adaptées aux besoins concrets. »
Nous articulons la campagne et l’actualité de deux façons. D’une part, le pacte devient un terrain de rassemblement et de mobilisation, en particulier en vue des municipales de 2026, où syndicats, associations et collectifs citoyens sont associés à la construction d’alternatives locales. D’autre part, chaque scrutin municipal, présidentiel, législatif, doit être l’occasion de porter ces propositions issues du terrain jusque sur la scène nationale, pour faire entendre les exigences du pays. Cette articulation permet d’imposer nos thèmes (emploi, salaires, démocratie, écologie, paix) face à l’agenda imposé. Par la campagne, nous affirmons que la gauche a de nouveau la capacité de relier action quotidienne et grands enjeux, de répondre à la crise, d’offrir une véritable alternative populaire et durable.
CC : La campagne comprend la pétition « stop aux 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises, développer l’emploi, la formation, augmenter les salaires et les pensions et les indexer sur l’inflation ». Où en est-on de cette pétition ? Quels objectifs vient-elle appuyer ?
La pétition nationale « Stop aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises », lancée cet été par le PCF, rencontre un large écho. Elle mobilise des milliers de citoyens, syndicalistes et élus : sur les marchés, à la sortie des usines, lors d’assemblées publiques, de nouvelles signatures affluent chaque semaine, preuve de la forte interpellation provoquée par ce sujet. Pour amplifier cette mobilisation, une semaine d’action nationale aura lieu du 10 au 16 novembre : partout en France, des rencontres, débats et points d’échanges permettront aux militants d’aller à la rencontre des habitantes et habitants, d’enrichir le débat et de recueillir de nouveaux soutiens.
« Le pacte relie étroitement les enjeux sociaux et politiques : il s’agit de replacer le travailleur au centre de la transformation du pays. »
Cette dynamique prouve que cette campagne n’est pas une simple réaction de circonstance, mais s’inscrit dans une stratégie de construction des rapports de force sur le terrain. La pétition s’appuie sur les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale dirigée par Fabien Gay, qui a révélé l’ampleur du scandale : 211 milliards distribués chaque année sans évaluation ni contrôle rigoureux. Elle exige dorénavant que ces aides soient strictement conditionnées à la création d’emplois, à la formation, à l’égalité salariale femmes-hommes et à la transition écologique. Ce combat s’inscrit directement dans les objectifs du pacte : réorienter les fonds publics, augmenter salaires et pensions, soutenir l’investissement productif, défendre les services essentiels. Porter cette pétition, c’est replacer la justice sociale et la transparence au centre du débat public, et rendre à l’engagement citoyen toute sa portée politique.
CC : La campagne s’axe également autour de la paix et de la coopération internationale. Après la reconnaissance de la Palestine par la France que revendiquait le PCF, comment poursuivre le combat pour une paix juste et durable ?
La reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France, revendiquée de longue date par le PCF, est une avancée historique et un signal fort pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais il s’agit désormais de donner un prolongement concret à cet acte politique : ouvrir la voie à une paix réelle et durable. Il faut aujourd’hui exiger la cessation immédiate des combats à Gaza, la prise de sanctions contre le gouvernement israélien extrémiste, imposer un embargo sur les ventes d’armes et suspendre l’accord d’association entre l’UE et Israël, tant que le droit international n’est pas respecté. Cette cohérence d’action doit s’appuyer sur une pression accrue au sein de l’ONU, pour un cessez-le-feu permanent, la protection des populations civiles, la libération de tous les prisonniers politiques et otages. La campagne du PCF pour la paix s’inscrit dans une démarche d’internationalisme concret, fondée sur la coopération entre peuples libres et souverains.
« La campagne du PCF pour la paix s’inscrit dans une démarche d’internationalisme concret, fondée sur la coopération entre peuples libres et souverains. »
En contribuant au lancement d’une alliance mondiale pour les droits du peuple palestinien, le PCF porte une solution basée sur le respect des frontières de 1967, la reconnaissance de Jérusalem Est comme capitale de l’Etat de Palestine, et la garantie de sécurité pour tous. Poursuivre le combat, c’est travailler sans relâche pour que la France et l’Europe agissent enfin pour la paix, le droit international et la justice. C’est aussi lier ce combat à celui pour le pacte pour la France : faire primer la souveraineté des peuples, la coopération et la solidarité contre les logiques de confrontation qui minent l’avenir politique.
https://www.pcf.fr/pacte_national_pour_avenir_france
Propos recueillis par Dorian Mellot
Cause commune n° 45 • septembre/octobre 2025