
Lecture : Dans les Alpes-Maritimes, 41,1 % des seniors ont 75 ans ou plus avant 2021.
Champ : France, personnes âgées de 60 ans ou plus.
Sources : INSEE, projections Omphale 2022.
Selon une étude conjointe de l’INSEE et de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), la France comptera 700 000 seniors supplémentaires en perte d’autonomie d’ici le début des années 2050, portant leur nombre à près de 2,8 millions. La perte d’autonomie sévère progressera encore plus rapidement, avec 300 000 personnes supplémentaires par rapport à 2021. Ces chiffres sont la conséquence directe du vieillissement des générations du baby-boom, partiellement compensée par les progrès sanitaires, mais insuffisamment anticipée par les politiques publiques.
L’étude souligne une réalité sociale marquée : les femmes représentent près des deux tiers des seniors en perte d’autonomie, du fait de leur plus grande longévité et d’inégalités persistantes de santé à âge donné. Les disparités territoriales sont tout aussi frappantes. Les départements ruraux, les territoires populaires du Nord et les départements d’outre-mer cumulent vieillissement, pauvreté et offre de services insuffisante. À l’horizon 2050, la hausse sera particulièrement forte dans l’Ouest, en Île-de-France hors Paris et dans les DOM, du fait des dynamiques migratoires et démographiques.
Mais le chiffre le plus alarmant concerne l’offre d’accompagnement. À politique inchangée, il faudrait 56 % de places supplémentaires en établissements, soit un million de personnes accueillies, ou bien développer massivement le maintien à domicile. Dans les deux cas, le défi est immense : 800 000 recrutements seront nécessaires dans les métiers du grand âge pour simplement maintenir le niveau de service. Or ces métiers restent parmi les plus précarisés, sous-payés et dévalorisés.
Face à cette bombe sociale à retardement, il est urgent de construire un véritable service public national de l’autonomie, financé par la Sécurité sociale, garantissant l’égalité territoriale et l’accès universel aux droits. Cela suppose donc un plan massif de créations d’emplois statutaires, une revalorisation salariale des aides à domicile et des personnels d’EHPAD, ainsi que le développement prioritaire d’établissements publics et non lucratifs. Le vieillissement n’est pas un coût : c’est un choix de société. Refuser d’y répondre collectivement, c’est aussi accepter la maltraitance institutionnelle et la marchandisation de la dépendance.
Cause commune n° 47 • janvier/février 2026