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L’institut IFOP a réalisé en mars dernier (pour la revue L’Inspiration politique) une étude intitulée « Les Français et les municipales : état des lieux à un an du scrutin », présentée par Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’institut, à la direction du PCF, lors d’une visio à destination des secrétaires départementaux.

 

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Cette étude porte sur les villes de 5 000 habitants et plus : Si à chaque question une réponse d’ensemble (des 2 500 sondés) est donnée, l’enquête permet aussi de distinguer les réponses selon la taille de la ville : de 5 000 à 10 000 habitants, 10 000 et plus, de 10 000 à 30 000 habitants, 30 000 habitants et plus.

L’institut compare ces résultats avec ceux de précédents sondages, réalisés en 2018 ou 2019. La première partie de l’enquête porte sur l’appréciation du territoire et de son évolution. Globalement, les sondés sont satisfaits de vivre dans leur commune (84 %) ; plus la ville est petite, plus la satisfaction est évidente (89 % pour les villes de 5 000). Quand on leur demande si, depuis la dernière élection municipale, leur commune a changé, 26 % répondent « plutôt en bien », 28 % « plutôt en mal » et, pour 46 %, rien n’a changé. Ici aussi plus la ville est petite, plus le changement semble positif. Toutefois, si l’on compare à un sondage identique en 2019 : à l’époque 35 % parlaient de changements positifs (contre 26 donc aujourd’hui), le sentiment de situation aggravée est identique mais seuls 37 % pensaient que rien n’avait changé.

La deuxième partie de l’étude traite des attentes à l’égard de la municipalité et l’appréciation de son action. De manière générale, les gens sont satisfaits du travail accompli dans l’ensemble de la commune : 71 % contre 29 %, avec une différence assez nette selon la taille de la ville : 80 % de satisfaits dans une petite ville contre 66 % dans une grande. En 2019, les sondés semblaient moins satisfaits (63 % contre 37 % de mécontents). Si l’on détaille le travail accompli (par la municipalité), la satisfaction est la plus forte dans trois secteurs, les activités sportives et les animations culturelles (80 %), l’état des écoles primaires (74 %) et les transports en commun (73 %). Viennent ensuite l’attractivité économique, la propreté et l’entretien, la gestion et les finances (entre 62 et 66 %). La satisfaction la moins forte (autour de 50 %) concerne la circulation, la lutte contre le trafic de drogue et le narcotrafic, et les impôts locaux. La hiérarchie est à peu près la même qu’en 2019 ; on notera un petit recul de satisfaction sur la question de l’offre de soins et des services de santé.

L’enquête pose alors une série de questions sur la satisfaction à l’égard du maire. 64 % sont satisfaits du maire contre 36 % de mécontents, le même chiffre qu’en 2019 ; mais on est bien plus satisfaits dans les petites villes (71 %) que les grandes (57 %). Quand on détaille ce profil, les jeunes seraient les plus satisfaits (79 % des 18/24 ans contre 63 % pour les + de 65 ans) ; et les nouveaux résidents, depuis moins de 5 ans, plus positifs (78 %) que les résidents depuis toujours (48 %). Les électeurs du NFP se montrent plus satisfaits (73 %) que ceux du RN (60 %).

Concernant les perspectives de renouvellement à l’horizon de mars 2026, quatrième partie, on s’intéresse ici aux qualités attendues du futur maire. Viennent en tête l’honnêteté, la compétence et la capacité à gérer. Les critères déterminants du vote sont le programme et les projets des listes en présence (72 %), la personnalité du candidat au poste de maire (53 %), le bilan de l’équipe sortante (53 % mais en recul de sept points sur 2018), l’étiquette politique des listes (41 %, + 11 points sur 2018). Plus la ville est grande, plus l’étiquette semble importante. 

Quant aux enjeux déterminants, trois dossiers se détachent selon l’IFOP : la sécurité des personnes et des biens (79 %), en progression de 11 % sur 2019, et ce chiffre est également haut dans tous les types de communes, grandes ou petites ; le second enjeu est la gestion et les finances de la ville (76 %, + 14 % sur 2019) ; et l’offre de soins, les services de santé (71 %, + 12 % sur 2019). Viennent ensuite les impôts locaux (64 %), la propreté (63 %, + 6 %), la lutte contre la drogue (63 %), le logement (59 %). La lutte contre le dérèglement climatique arrive en dernière position (34 %). Interrogés sur l’importance accordée aux enjeux locaux et nationaux lors des municipales de 2026, 60 % répondent se soucier « davantage des enjeux locaux » (66 % dans les petites villes, 56 % dans les grandes), 14 % disent s’intéresser « davantage aux enjeux natio­naux » et 26 % assurent « autant aux enjeux locaux que nationaux ».  Quant au souhait de réélection du maire, c’est 50/50 ou presque : 48 % souhaitent la réélection, soit 57 % dans les petites communes, 43 % dans les grandes villes et 52 % ne souhaitent pas cette réélection (43 % dans les petites villes mais 57 % dans les grandes). En 2019, ils étaient 54 % à souhaiter la réélection et 46 % à ne pas la souhaiter. À noter encore que ce souhait de réélection est partagé par 54 % des électeurs NFP de 2024 et 41 % des électeurs RN lors de ces mêmes élections.

Frédéric Dabi a pris soin de préciser qu’il s’agit là d’une photographie datée de l’opinion, à un an du scrutin ; à prendre donc avec les réserves d’usage. Il a aussi émis l’idée que l’opinion aujourd’hui attend moins du « national » (« ce n’est plus au national que ça se joue » pensent bien des gens) et l’attente serait donc plus forte d’autres acteurs, dont l’acteur local notamment. Commentant cette étude, la revue L’inspiration politique la résume ainsi : « On rencontre systématiquement sur les différents thèmes un mécontentement supérieur dans les grandes villes, qui pourrait être l’indicateur d’une volonté d’alternance. Un an avant les élections, nous ne sommes pas sur une logique électorale bien sûr, mais sur une extrapolation. Cependant, il convient de prendre au sérieux ces éléments de fragilisation locale. »

Cause commune45 • septembre/octobre 2025