Par

Nul ne l’ignore, le combat de ce siècle, c’est la lutte contre le réchauffement climatique. Au vu de la menace existentielle qu’il fait peser sur la civilisation humaine et l’ampleur des défis à relever, chaque échelon doit prendre ses responsabilités dans ce combat. Pour y participer les municipalités peuvent mettre en place certaines politiques.

 

CC-45-Fredo_coyere-11.jpg

Le réchauffement climatique à l'échelle communale

Rappelons d’abord brièvement ce qu’est le réchauffement climatique : les activités humaines émettent des gaz à effet de serre (GES) qui absorbent le rayonnement infrarouge issu de la surface terrestre et réchauffent celle-ci. Le réchauffement climatique atteint ainsi +1,24 °C en moyenne globale sur la période 2015-2024 par rapport à 1850-1900 et, avec les politiques actuelles, atteindrait +2,7 °C à l’horizon 2100 d’après l’Union nationale des entreprises du paysage.
+1,24 °C, ou même +2,7 °C, cela peut sembler peu. Néanmoins il est important de comprendre que le climat est un système complexe où toutes les grandeurs sont en interaction et qu’une augmentation, même faible, de la température moyenne globale a de nombreuses et graves conséquences. En particulier, il faut insister sur un point : 2,7 °C à échelle mondiale correspondrait à un réchauffement de +3,8 °C en France.

« Le climat est un système complexe où toutes les grandeurs sont en interaction, une augmentation, même faible, de la température moyenne globale a de nombreuses, et graves conséquences. »

Un rapport de Météo France, La Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), détaille ainsi les diverses répercussions sur la France d’un réchauffement local de +4 °C. Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de ce rapport édifiant et nous citerons ici les résultats les plus saillants : des pics de chaleur à plus de 48 °C, des vagues durant plus de deux mois, une généralisation du risque de feux à l’ensemble du pays. Mais, parce que le réchauffement climatique influence également le cycle de l’eau et de ce fait les précipitations, une augmentation de +15 % des maximums annuels de précipitations par rapport à la période 1976-2005 (ce qui évidemment contribuera à augmenter les crues). Mentionnons enfin une progression du risque, trop souvent oublié, de retrait-gonflement des argiles, issu de mouvements alternatifs de retrait (lors des sécheresses) et de gonflement (lors des pluies) des sols argileux, qui cause des dégâts sur le bâti.

Pour mieux connaître les résultats de la TRACC à l’échelle de sa commune, Météo France a mis en place un outil, Climadiag, disponible gratuitement sur Internet.

Atténuation et adaptation

Après avoir rigoureusement caractérisé le problème, une question se pose naturellement : quelles politiques mettre en place pour lutter contre le réchauffement climatique ? On peut les classer en deux grandes catégories (qui ne sont cependant pas exclusives) : l’atténuation et l’adaptation.

L’atténuation consiste à réduire les émissions de GES pour limiter le réchauffement climatique global. Observons tout de suite que c’est structurellement une politique mondiale à laquelle chacun doit contribuer : en effet, les GES étant relativement bien mélangés dans latmosphère, en émettre en nimporte quel point du globe, cest accentuer le réchauffement climatique dans le monde entier. Autrement dit, un territoire donné peut très bien ne pas émettre de GES (ou en absorber), il subira quand même les conséquences du réchauffement climatique si son voisin en émet. Seules la planification nationale et la coordination internationale permettront d'atténuer le réchauffement climatique. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que léchelon communal ne doit pas y contribuer, au contraire, mais il doit le faire dans le cadre dune planification générale.

Ce n'est pas le cas pour l’adaptation, qui consiste à limiter les effets du réchauffement climatique. On l’a vu précédemment, ces conséquences sont physiquement diverses et spatialement non uniformes, et un territoire peut être très bien adapté sans que ce soit le cas de son voisin. L’adaptation est donc une politique beaucoup plus locale, devant correspondre aux réalités politiques (nation, département, commune) mais aussi géographiques (bassins hydrographiques, massifs montagneux, etc.). On comprend tout de suite que les communes auront un rôle majeur à jouer dans l’adaptation, même si cela n’interdit pas une certaine planification pour assurer la cohérence des politiques d’adaptation entre elles.

Trop souvent ces deux axes politiques sont opposés entre eux, alors qu'ils sont profondément complémentaires. Il est vrai que, dans certains discours politiques, notamment à droite, un optimisme forcené sur nos capacités d’adaptation sert d’excuse à abandonner des mesures fortes d’atténuation. Rappelons-le clairement : il y a des niveaux de réchauffement climatique à partir desquels l’adaptation devient impossible. Ainsi l’adaptation est permise par un certain niveau d’efforts d’atténuation.

«Les GES étant relativement bien mélangés dans l’atmosphère, en émettre en n’importe quel point du globe, c’est contribuer au réchauffement climatique dans le monde entier.  »

Il est des exemples où l’atténuation nécessite l’adaptation. Prenons le cas des forêts, qui sont des puits de carbone, c’est-à-dire qui absorbent les GES lors de leurs premières années et contribuent à ce titre à réduire les émissions nettes de GES : sous l’effet du réchauffement climatique les arbres subissent les sécheresses, voire les incendies, et les forêts peuvent devenir émettrices nettes de GES. On voit dans cet exemple qu’il est crucial pour atténuer le réchauffement climatique d’adapter le territoire à l'augmentation de la température (en l’occurrence les forêts).
Une vraie politique climatique doit donc faire de son mieux pour atténuer le réchauffement climatique, tout en préparant l’adaptation de celui-ci au niveau attendu.

Les moyens pour l’adaptation

La plupart de nos lecteurs ne l’ignorent pas, les mairies doivent faire face au défi de l’adaptation dans un contexte de baisse des moyens. Il subsiste néanmoins des aides de l’État qui peuvent être mobilisées. La première est le « Fonds vert », d’un montant total de 1,15 milliard d'euros en 2025 (contre 2,5 milliards d'euros en 2024). Il finance « la performance environnementale, l’adaptation du territoire au changement climatique et l’amélioration du cadre de vie ». La deuxième est le « fonds Barnier » qui permet le rachat par les collectivités territoriales des habitations et des bâtiments des entreprises gravement menacées par un risque naturel majeur, ainsi que le financement de travaux préventifs de réduction de vulnérabilité, pour un montant total de 300 millions d'euros en 2025.

L’enjeu du Plan local d’urbanisme (PLU)

Alors que faire concrètement avec ces (maigres) moyens ? Un premier point très important est de pleinement intégrer le réchauffement climatique, au niveau de réchauffement prévu par la TRACC, dans le PLU. Plusieurs axes doivent être pris en compte.

Le plus évident, les vagues de chaleur seront telles qu’elles nécessitent que les bâtiments deviennent de véritables bunkers climatiques, d’autant plus dans les contextes urbains où l’effet d’îlot de chaleur renforce localement le réchauffement. Le PLU peut permettre de réduire cet effet d’îlot de chaleur en planifiant la végétalisation des villes, à la fois par la création d’espaces verts (qui constitueront des îlots de fraîcheur) que par la végétalisation plus générale des rues. Il doit également concevoir l’espace urbain avec des couloirs de vents, une densité organisée pour que la ville soit plus résistante aux vagues de chaleurs. C’est enfin un outil pour permettre une meilleure isolation du logement social.

« Seules la planification nationale et la coordination internationale permettront d’atténuer le réchauffement climatique. L’échelon communal doit y contribuer dans ce cadre. »

Mais comme nous l’avons vu précédemment le réchauffement climatique ne se limite pas aux vagues de chaleur et le PLU doit aussi prendre en compte l’augmentation des risques. Ceux-ci sont divers et spécifiques à chaque commune, comme ceux déjà cités (augmentation du phénomène de retrait-gonflement des argiles, de crue, d’érosion côtière ou encore de rupture de poche de glace). La gestion des risques par le PLU s’accompagne d’une mise en œuvre systématique et d’une révision régulière du plan communal de sauvegarde, de la création d’une réserve communale de sécurité civile et de l’élaboration et diffusion du Document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM).

La mise en place d’un réseau de froid

Lors des vagues de chaleur, nombre de nos concitoyens cherchent à se rafraîchir en investissant dans la climatisation. Et ils ont raison. Comme tout le monde reconnaît un droit à se chauffer lors des vagues de froid, il est nécessaire de tenir compte du droit à se refroidir lors des vagues de chaleur. Néanmoins, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la contribution de la climatisation aux effets d’îlots de chaleur urbains. Le réseau de froid, qui consiste à l'acheminer (le plus souvent sous forme d’eau) par des canalisations souterraines et ainsi à mutualiser sa production, possède une efficacité énergétique supérieure aux systèmes individuels et de ce fait réduit les effets d’îlots de chaleur urbains. Plutôt réservé aux moyennes et grandes villes, il va sans dire que ce dispositif ne peut être mis en place sans une politique ambitieuse de la commune et nécessite des investissements de taille.

La gestion des personnes vulnérables et des écoles

La commune est avant tout un espace de solidarité. Ainsi, la mairie doit-elle veiller au confort des personnes vulnérables (âgées, souffrant de maladies physiques ou mentales) au cours des futures vagues de chaleur pour les mettre en sécurité. Cela suppose bien sûr de créer des espaces de fraîcheur sur le territoire de la commune, mais aussi en dehors (les communes à proximité des zones montagneuses peuvent ainsi tirer parti de leur emplacement et de la faible affluence à la montagne en été pour protéger ces gens).

« Le PLU peut permettre de réduire l’effet d’îlot de chaleur en planifiant la végétalisation des villes, à la fois par la création d’espaces verts et par la végétalisation plus générale des rues. »

Il est une catégorie de personnes vulnérables pour lesquelles la mairie a des compétences particulièrement étendues, à savoir les enfants. En cohérence avec ce qui a été dit précédemment sur le PLU, la mairie doit ainsi assurer l’isolation des écoles, si possible à la classe C du diagnostic de performance énergétique. Elle doit créer des espaces de fraîcheur au sein des écoles et/ou en identifier à l’extérieur.

La régie publique de l’eau

Dans un contexte de sécheresse de plus en plus courante et intense, il sera nécessaire de garantir l’accès à l’eau pour tous. C’est pourquoi la gestion de l’eau ne peut être déléguée à des acteurs privés ; c'est à la commune de l'assurer. Évidemment la régie publique de l’eau n’a pas de sens si elle maintient les logiques de gestion privées, aussi la commune doit-elle agir sur les politiques tarifaires, par exemple en rendant les premiers mètres cubes gratuits comme à Lyon ou à Montreuil.

Se mobiliser pour un pôle public de l’assurance pour les collectivités

L’adaptation passe par la prévention des risques et par leur assurance une fois que ceux-ci sont effectivement arrivés. Or avec l’augmentation de ces risques, les compagnies se désengagent au point que certaines mairies peinent à trouver des assurances qui acceptent de les couvrir. Le témoignage du maire de Rive-de-Gier, Vincent Bony (Rive-de-Gier, une ville face aux défis climatiques et urbains, Les éditions Arcane 17, 2025) est à ce titre édifiant. Ce constat alarmant doit pousser à un changement de cadre, avec la mise en place d’un pôle public de l’assurance pour les collectivités, permettant à chaque commune de s’assurer convenablement.

« Il est crucial pour atténuer le réchauffement climatique d’adapter le territoire à l’augmentation de la température. »

Il va de soi qu'une telle mesure nest pas du ressort du conseil municipal. Néanmoins, une mobilisation nationale des communistes, à la fois des élus municipaux et des parlementaires, permettrait de mettre en place un tel pôle public et de corriger cette aberration.
On voit sur cet exemple les limites, très politiques, du pouvoir des mairies. Et si l’adaptation municipale est en effet une politique très locale, il ne faut pas pour autant la penser en vase clos. Il faut créer un espace politique dans lequel la solidarité nationale et la cohérence territoriale jouent pleinement leur rôle.

Teheï Bouguemari est doctorant. Il est membre de la commission Écologie du PCF.

Cause commune45 • septembre/octobre 2025