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À quoi ressemble un macroniste ? Une étude de la Fondation Jean-Jaurès donne une image assez précise des sympathisants macroniens. Ceux-ci semblent unis sur deux mots d’ordre : Vive l’Europe ! et : Vive l’entreprise ! Autoritaires sur les bords, ils partagent un désir d’homme fort. Sur le reste, c’est plus flou. Forces et faiblesses du parti du président.

Par Gérard Streiff

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Romani - phototheque.org

Le parti La République en marche (LREM) est soucieux, dans ses initiatives publiques, de montrer une image populaire et rassembleuse. En fait, l’essentiel de ses sympathisants, au-delà des seuls adhérents, son socle électoral donc, est très typé : ce sont des ultralibéraux, européistes à mort et donc en assez grand décalage avec le restant de la population française. La Fondation Jean-Jaurès a mené ses investigations auprès de mille sept cents sympathisants, un panel large qui donne des indications intéressantes avec cette limite : l’étude va de janvier 2017 à juin 2018, soit un moment plutôt ascendant de LREM ; depuis il y a eu l’été, les barbouzes, les hésitations diverses et autre chute dans les sondages. L’enquête d’ailleurs note en juin 2018 un tassement du nombre des sympathisants, tassement « dont l’avenir dira s’il constitue un moment ou un retournement ».
Concernant les données sociologiques, une surprise à propos de l’âge : le sympathisant LREM est âgé. Toute une littérature avait brodé sur la jeunesse des pro-Macron, une France active, celle des startup and co. Or « c’est au-dessus de 64 ans qu’il y a davantage de sympathisants LREM (+ 6 points par rapport à la moyenne des Français) et c’est de 18 à 64 ans, à l’inverse, qu’il y en a le moins. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques ».
Ce qui démarque aussi les sympathisants LREM de la moyenne des Français, c’est que les cadres supérieurs y sont surreprésentés ; de même le niveau des diplômes montre une surreprésentation des bac + 4 ou au-dessus (+ 8 points par rapport à la moyenne) et bien évidemment le niveau de revenu va avec : on y gagne volontiers plus de 3 500 euros par mois (12 points au-dessus de la moyenne).

« Si l’on considère leur autopositionnement politique, on observe que ces sympathisants se positionnent plus à droite que la moyenne des Français. »

« Catégorie socioprofessionnelle, diplômes, revenus : sur tous ces critères, il y a clairement une surreprésentation de la France qui va bien chez les sympathisants de LREM. Ce qui ressort de l’analyse des données objectives est conforté par les données subjectives : il s’agit aussi d’une France qui se sent bien », observe la fondation. Ces sympathisants sont nombreux (58 %) à avoir le sentiment d’avoir « réussi leur vie » et c’est même dans cette catégorie qu’ils sont les plus nombreux. Ils sont très peu (14 %) à considérer que « la mondialisation a eu un effet négatif sur leur situation en matière d’emploi », c’est même dans cette catégorie (comparée aux autres courants de gauche et de droite) qu’ils sont les moins nombreux.

« Catégorie socioprofessionnelle, diplômes, revenus : sur tous ces critères, il y a clairement une surreprésentation de la France qui va bien chez les sympathisants de LREM. »

Enfin ce sont eux qui sont les plus nombreux à avoir le sentiment que leur situation est « meilleure que celle de leurs parents ». Si l’on considère leur autopositionnement politique, on observe que ces sympathisants se positionnent plus à droite que la moyenne des Français. Jusqu’à l’été dernier (date de la fin de l’enquête), ils portaient un jugement positif sur un an de mandat présidentiel et ne trouvaient rien à redire à la méthode : 18 % seulement trouvaient Macron trop autoritaire (contre 55 % des Français).

Tentation de l’homme fort
Sur bien des sujets, on sent cet échantillon divisé : elle se partage à égalité pour dire que la politique de Macron profite « aux catégories aisées » ou, à l’inverse, « à l’ensemble des Français » ; elle est divisée aussi sur des enjeux comme l’immigration, la peine de mort. Mais, poursuit l’enquête, « une surprise – de taille – sur le chapitre politique et démocratique : la tentation de l’homme fort a bien pénétré les esprits des sympathisants de LREM. À la question, pourtant formulée de manière volontairement brutale : « êtes-vous d’accord avec l’idée que la France devrait avoir à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections ? », le pourcentage des sympathisants LREM qui répond positivement est supérieur à celui de la moyenne des Français et, surtout, très élevé : 46 %.

Europe et entreprise
Il est deux domaines où les sympathisants macroniens font bloc : ce sont des européistes sans nuances et des fanas de l’entreprise. L’Europe : « l’identité politique (des macroniens) est très proeuropéenne et quasiment sans limite et sans réserve », note le rapport. Ils jugent que « l’Union européenne est une question extrêmement importante », à 25 % (les sympathisants des autres partis se situent entre 12 et 14 %). Pour eux, l’Europe est « positive » et ils éprouveraient (85 %) « de grands regrets » si l’Union était abandonnée. Ils s’estiment à 82 % « Français et Européens ». Ils sont les seuls à ne pas majoritairement redouter « moins de protection sociale en France » avec la politique de l’Union européenne. Petite nuance que pointe toutefois l’étude : « Si la question européenne est importante pour les sympathisants de LREM et plus importante que pour les sympathisants des autres partis, elle n’en demeure pas moins secondaire dans la liste des dix priorités, venant après la lutte contre le chômage, l’assurance maladie, les aides sociales, les retraites… »

Un parti masculin
Terra Nova a publié début octobre une étude de deux cents pages sur la sociologie des militants LREM. Ce parti revendique quatre cent mille militants, chiffre très improbable mais passons. Terra Nova aurait interrogé huit mille d’entre eux. Le macroniste est d’abord un homme (68 %). On retrouve cette prééminence masculine dans la formation de la liste pour les élections européennes. En octobre, seules 13 % des deux cents candidatures reçues en ligne étaient des femmes.
Pour le reste, l’étude de Terra Nova confirme les tendances de l’enquête de la Fondation Jean-Jaurès : le militant macroniste est diplômé de l’enseignement supérieur, employé dans le privé (cadres et professions supérieures) et réside dans une grande ville. Il dit « s’en sortir » facilement, déclare majoritairement un revenu mensuel net entre 3 000 et 6 000 euros. Il se soucie d’abord de l’Europe et nettement moins des inégalités. Terra Nova identifie cinq familles de militants LREM : les « progressistes-libéraux » (31 %), les « progressistes-égalitaires » (23 %), les « conservateurs-libéraux » (23 %), les « modérés-conservateurs » (19 %) et les « euro-dubitatifs » (4 %).


Force et faiblesse du macronisme

Il demeure une question politique qui reste posée par cette étude : s’agit-il [cet état des lieux, NDR] d’une force ou d’un piège pour Emmanuel Macron ? Il est tentant d’y apporter une réponse ambivalente. C’est une chance car le groupe des sympathisants de LREM a une cohérence idéologique et constitue un socle solide. Mais c’est un risque car il est sociologiquement et idéologiquement décalé du reste des Français, politiquement décalé de l’électorat du premier tour de l’élection présidentielle et que c’est, de surcroît, un socle étroit. En définitive, peut-être la réponse tient-elle à la chronologie. À court terme, notamment pour l’élection du parlement européen de juin 2019, sans doute s’agit-il d’une force : unie sur ce sujet, elle peut être mobilisée – et, si tel est le cas, davantage que pour la moyenne des Français qui se déplacent peu pour ce scrutin – et ce socle serait élevé. (Si l’abstention s’élevait comme en 2014 à 50 % et que les sympathisants LREM votaient à 75 %, le socle de base de LREM se situerait mécaniquement aux alentours de 20 % – sans compter évidemment les électeurs du « halo » qui viendraient s’ajouter aux électeurs du « noyau »). À moyen terme, peut-être s’agit-il d’un piège : faute d’élargir ce socle de soutien, le président de la République risquerait d’être fortement minoritaire, si ce n’est nécessairement dans les urnes, du moins dans les têtes, et c’est alors l’action réformatrice elle-même qui pourrait s’en trouver entravée.
Gilles Finchelstein, Portrait robot des sympathisants de la République en marche, Fondation Jean-Jaurès, septembre 2018.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019