
CC : À ma connaissance, tu es le seul élu communiste président d’une association nationale transpartisane de maires. Peux-tu nous présenter Ville & Banlieue ?
L’Association des maires de Ville & Banlieue de France existe depuis 1983 et regroupe des communes et des intercommunalités ayant sur leur territoire des quartiers prioritaires bénéficiant des dispositifs de la « politique de la ville ». Elle rassemble toutes les sensibilités politiques à l’exception du Rassemblement national. L’objectif est de défendre leurs six millions d’habitants qui subissent de nombreuses inégalités et discriminations.
CC : La commune a été et demeure un terrain privilégié par les communistes pour expérimenter une gestion différente des pouvoirs publics, au service des habitants les plus éloignés de la politique. Quel bilan tires-tu de la gestion des communes de banlieue par les communistes ?
Les élues et élus communistes en situation de responsabilité dans ces territoires ont la volonté d’y faire vivre la République et les trois beaux mots que sont « Liberté, Égalité et Fraternité », auxquels nous pouvons ajouter « Solidarité » notamment en protégeant nos habitants.
Ce sont souvent des communes de banlieue que sont parties certaines politiques avec une forte ambition culturelle et sociale, comme la gratuité des médiathèques et les colos. À Allonnes, il existe un dispositif qui permet aux enfants des quartiers prioritaires de faire de la musique classique.
« À Ville & Banlieue, nous disons que les deux pieds du vivre et du faire-ensemble dans les quartiers sont le service public local et les associations ; les deux sont attaqués. »
Nous sommes attentifs à construire les politiques mises en œuvre avec les habitants, en nous appuyant sur le service public, l’accès au droit pour toutes et tous (il n’y a pas de politique de la ville efficace sans politique effective de droit commun dans nos territoires) et l’accompagnement des associations.
C’est de plus en plus difficile avec les politiques austéritaires de l’État. Le budget de ce dernier pour 2026 est une nouvelle « purge » pour les collectivités : sur un budget total de 19 millions, Allonnes perd 500 000 euros, c’est énorme. D’un côté on nous dit que les échelons locaux représentent un maillage crucial de la République, de l’autre côté on remet en cause toute cette architecture. À Ville & Banlieue, nous disons souvent que les deux pieds du vivre et du faire-ensemble dans les quartiers sont le service public local et les associations ; les deux sont attaqués.
CC : Le pouvoir politique semble de plus en plus éloigné des habitants et exclusivement tourné vers les intérêts des plus riches. En quoi la commune te semble-t-elle toujours la bonne échelle pour impliquer concrètement les citoyens dans la gestion politique du quotidien, et ce alors qu’un rapport de plus en plus délégataire s’instaure entre élus et habitants ?
La commune est la base de notre République. La crise de la politique pèse sur les citoyennes et les citoyens et peut conduire certains à se détourner de la chose publique et politique. Raison de plus pour les élus communistes d’amplifier les politiques, les pratiques qui leur redonnent la main.
C’est ce que nous tentons de faire au quotidien sur le terrain. Plusieurs dispositifs peuvent être mis en place : à Allonnes, nous développons un budget participatif, qui a permis l’élaboration de fresques et des réalisations plus ambitieuses comme deux city-stades. Nous insistons sur l’aspect collectif pour générer de l’interaction, avec une présentation dans les cinq secteurs de la ville. Nous mettons en avant des instances comme le conseil des sages d’Allonnes, composé de retraités volontaires, un conseil Jeunes-Allonnes et un conseil citoyen. La création de liens entre les habitants constitue une priorité de nos politiques locales. Dire que cela est facile serait mentir, mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras.
« Pour être efficace, il y a besoin en permanence d’allier les combats politiques nationaux et locaux. Ils s’enrichissent les uns les autres. »
D’autant plus qu’il y a beaucoup d’intelligence chez les habitants. Nous avons tous de beaux exemples dans les communes que nous animons. Il faut mettre en avant, y compris dans les médias, les parcours extraordinaires d’habitants des quartiers : dans les domaines intellectuel, sportif, culturel, médical... Beaucoup de médaillés aux Jeux olympiques ont commencé dans des clubs de quartier.
CC : Que faudrait-il faire en priorité pour que les commnunistes continuent à faire des communes des priorités politiques ?
Pour être efficace, il y a besoin en permanence d’allier les combats politiques nationaux et locaux. Ils s’enrichissent les uns les autres. C’est une des raisons pour lesquelles il est important que les communistes s’engagent pleinement dans les prochaines élections municipales, dans la construction des propositions, du rassemblement, en étant candidats...
Je suis persuadé que nous pouvons conquérir de nombreux élus et élues, mais à une condition, c’est qu’il y ait un maximum de communistes qui se portent candidates et candidats à travers le pays. C’est ainsi que nous montrerons notre intérêt pour la commune, pour le rôle qu’elle peut jouer dans la construction d’une alternative de progrès. Rien n’est gagné d’avance car la crise de la politique pèse sur l’engagement. Mais nous pouvons relever ce défi si nous le décidons. Nous montrerons alors notre utilité et pourrons être ambitieux pour porter le projet communiste.
Gilles Leproust est maire PCF d’Allonnes (72). Il est président de l’Association des maires Ville & Banlieue.
Entretien réalisé par Hoël Le Moal.
Cause commune n° 45 • septembre/octobre 2025