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Photographie de la manifestation d’AIDA à Paris pour sa campagne « 100 artistes argentins disparus », le 14 novembre 1981.
Au centre de l’image, l’œuvre réalisée par l’artiste français Michel Hénocq. Archives privées de Michel Hénocq.

Cette photographie témoigne de la manifestation « 100 peintres pour 100 artistes », organisée à Paris le 14 novembre 1981 par l’Association internationale pour la défense des artistes (AIDA). Dans le cadre de sa campagne pour les « 100 artistes argentins disparus », 90 plasticiens et deux collectifs (le Front des artistes plasticiens {FRAP} et L’imagier) ont peint 100 banderoles de 2 x 3 m chacune (format horizontal ou vertical). Ces œuvres, destinées à être convoyées en manifestations, visaient à interpeller visuellement et émotionnellement le public sur le sort des disparus de la dictature civico-militaire argentine (1976-1983).

Les styles, variés (expressionnisme, figuration narrative, abstraction lyrique), incluaient des slogans, des portraits de disparus comme le romancier Haroldo Conti, ou des références à des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art comme La Création d’Adam de Michel-Ange. Les thématiques, au libre choix des artistes, étaient tout aussi éclectiques, même si la violence (guerre, censure, enfermement, torture, disparition) et ses conséquences (la souffrance de l’exil ou de la perte) étaient majoritaires.

Contre la censure et les violences exercées par les régimes autoritaires et dictatoriaux, l’AIDA appelait à une résistance par l’art, la création et l’imagination. À côté de cette « manifestation spectaculaire », d’autres initiatives artistiques ont émergé dans de nombreuses villes de France et d’Europe : performances collectives, expositions, parfois itinérantes, ventes caritatives d’œuvres, concerts ambulants, créations musicales, représentations théâtrales, lâchers de ballons, projets éditoriaux, création de cartes postales, etc. La chercheuse argentine Moira Cristiá les présente dans son ouvrage AIDA : une histoire de solidarité artistique transnationale (1979-1985), paru dans sa version française, fin 2025, aux Publications universitaires de Lyon (cf. rubrique « Critiques » page 68).

Cause commune46 • novembre/décembre 2025