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« Agnès Varda. Je suis curieuse. Point » (28 juin 2025 – 4 janvier 2026), musée Soulages, Rodez.

Après la rétrospective « Plages, cabanes et coquillages » à La Malmaison et la villa Domergue, à Cannes, en 2022, c’est au tour du Musée Soulages, à Rodez, de rendre hommage à la cinéaste et plasticienne sétoise. L’exposition « Agnès Varda. Je suis curieuse. Point » s’appuie sur l’amitié entre Pierre Soulages et Agnès Varda – que cette dernière immortalisa dans un des épisodes de sa micro-série Agnès de ci de là Varda (2011) –, pour explorer l’univers de cette artiste et son rapport viscéral à la mer.

« Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, disait-elle, on trouverait des plages. » Elle ne croyait pas si bien dire ! De ses débuts de réalisatrice avec La Pointe courte (1955) à ses installations plastiques les plus tardives, les bords de mer et leurs habitants imprègnent toute son œuvre. Leurs gadgets aussi, comme en témoigne l’œuvre Ping-Pong Tong (2005-2006), où la panoplie des vacanciers (tongs, pelles, bouées…) est déployée tel un mur de plastique, formant une nature morte contemporaine aussi légère et colorée qu’elle est, en réalité, une exaspérante accumulation de déchets.

Le Dépôt de la cabane de plage (2011) pousse plus loin encore cette ambiguïté. Au milieu des vestiges d’un cabanon en tôle rouillée – sable, bourriches, nasses et filets de pêche –, un écran diffuse des vues reposantes de vacances en bord de mer. Tout à coup, la tranquillité de ces paysages fait place à de brutales images d’actualité sur les guerres, les séismes, les tsunamis et les flux de déplacés, interrompant instantanément la rêverie du spectateur, et le forçant à une prise de conscience déstabilisante sur les catastrophes d’origine humaine comme naturelles.

Élodie Lebeau-Fernández

Cause commune45 • septembre/octobre 2025