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Si les questions culturelles sont presque systématiquement présentes dans les programmes politiques portés par les communistes à tous les niveaux, force est de constater que confrontés à l’urgence des luttes sociales – et la période présente s’y prête encore davantage que les précédentes –, nous avons peu le réflexe de construire des initiatives vivantes sur ce terrain.

Pourtant, c’est un champ du combat politique que nous ne pouvons pas négliger, et qui porte des potentiels émancipateurs considérables. Le dossier central de ce numéro détaille abondamment et brillamment les enjeux politiques liés à la culture, nous n’y reviendrons donc pas ici. Par contre, nous livrons à votre regard une série d’expériences d’initiatives culturelles prises dans des sections et des fédérations, pour donner de l’inspiration : il n’y a pas de terrain trop compliqué ou hors de portée des communistes. On sera d’ailleurs souvent surpris de l’accueil chaleureux qui nous est réservé dans les milieux culturels progressistes, avec qui il y a beaucoup à construire en commun.
La pression dominante consistant à faire de la culture un objet froid et seulement à la portée d’une élite est forte, y compris dans nos rangs. Mais notre projet, notre raison d’être, doit nous pousser à rejeter ces préjugés pour porter une logique inverse d’appropriation populaire commune, pour passer à l’action. À l’action, donc !

 

Actions culturelles mode d’emploi

La culture peut être un moyen aisé de toucher de nouveaux publics, d’ouvrir en grand les portes de l’organisation et de rendre toujours plus accessible le débat politique.

Quelques exemples assez simples à mettre en œuvre
• Une diffusion de film ;
• Une sortie collective au théâtre ou à une exposition ;
• Une rencontre littéraire.

Les clés
• Anticiper suffisamment pour bien communiquer, tant auprès des camarades qu’à l’extérieur ;
• En faire un événement politique : avoir un débat, construire ou mettre en avant des propositions politiques et, si possible, déboucher sur des actions prolongeant cette initiative culturelle ;
• Faire le lien avec les espaces et collectifs culturels existants sur le territoire, soit en organisant l’initiative chez eux, si c’est possible, soit en les associant, et au minimum en les invitant de manière ciblée.
Comme sur d’autres sujets, vous serez souvent surpris par l’accueil favorable réservé aux communistes dans ces espaces !

Les plus
• Une intervenante ou un intervenant de marque en lien avec le sujet (réalisateur, auteur…). Dans ce cas, il faut, de plus, prévoir un ou une camarade chargé de l’animation du débat, pour garantir un échange fluide avec l’ensemble des participants ;
• Un temps d’initiation aux pratiques culturelles (sculpture, peinture, photographie, etc.). Pas toujours possible dans le cadre d’une exposition ou d’une visite, mais ce type d’action peut en être un prolongement, en lien avec une association locale : de nombreuses associations entretiennent des « pratiques amateurs », et partagent souvent avec nous les valeurs de l’éducation populaire.
Toute la difficulté transversale à tous les types d’initiative culturelle est de construire, sur un temps long, la transformation du ponctuel en une habitude. Des outils simples existent, et permettent d’organiser une montée en force de cette problématique sans peser sur les forces vives des fédérations. Une identification en propre des initiatives, par le biais d’un logo et d’une charte graphique, voire d’un label, permet de leur donner une visibilité et une continuité. Celles-ci doivent s’inscrire dans une périodicité, annoncée à l’avance, qui permet de proposer une suite aux participants, ne serait-ce qu’en indiquant « À l’année prochaine ! ». 

 

Art. C’est l’ensemble des œuvres produites par les femmes et les hommes, qui ont vocation à s’adresser aux sens, aux émotions et à l’intellect. Ce qui est important est la double destination émotionnelle et intellectuelle : alors que les libéraux voudraient scinder les deux fonctions, l’émotionnel comme une marchandise et l’intellectuel comme une distinction de classe, il appartient aux communistes de fondre les deux objectifs pour que l’art soit accessible et enrichissant.
Culture. La culture est ce qui est propre à l’Homme, par opposition à la nature. Dans un sens plus restreint, elle est l’ensemble des traits caractéristiques d’un groupe social, qui adopte des références culturelles qui lui sont propres. Pour les libéraux, la culture est un outil d’exclusion pour déterminer qui a les bons codes sociaux et qui ne les a pas. À l’inverse, nous devons faire de la culture un outil d’inclusion et un chemin vers l'émancipation. La culture rappelle que tout s’acquiert, et que rien n’est inné.
Éducation populaire. Mouvement d’apprentissage hors des cadres traditionnels – système éducatif, scolaire et famille – qui vise à l’épanouissement individuel et collectif. Le postulat est qu’il n’y a pas un enseignant qui sait et des élèves qui ne savent pas, mais que chacun, par son expérience de vie, a quelque chose à transmettre, et donc que le savoir peut être co-élaboré avec d’autres.
Émancipation. En droit, c’est l’acte par lequel un mineur devient capable juridiquement avant sa majorité. L’émancipation sociale est un processus visant à rendre chacun capable politiquement, réellement, maître de son chemin. Par la culture et la compréhension des schémas de domination, nous pouvons, collectivement, dépasser ces mécanismes et nous affranchir de l’idéologie libérale.
Esprit critique. C’est une démarche de remise en question des valeurs, des opinions et des vérités établies pour s'interroger sur le raisonnement en lui-même porté par l’auteur d’une production culturelle. Quel est le message transmis de manière consciente ? Quelles sont les valeurs, opinions, références morales… inconscientes qui ont imprégné sa création ?

L’Ormée, une revue culturelle pour mener la bataille politique !

Entretien avec Vincent Taconet, membre du comité de rédaction de L’Ormée et de la direction fédérale du PCF de Gironde.

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Qu’est-ce que L’Ormée et comment est-elle née ?
Il y a presque trente ans, sous l’impulsion de Jean-Claude Laulan et d’une poignée de camarades, est née L’Ormée, la revue culturelle de la fédération de la Gironde. Dans une fédération, il y a toujours moyen de trouver des camarades qui sont prêts à s’impliquer en fonction de leur domaine d’activité et de leurs envies.
Cette revue est trimestrielle, ce qui est force de discipline pour que le Parti communiste parle de culture. Et en même temps, L’Ormée n’est pas qu’une revue du parti : il y a un effort continu pour impliquer les acteurs des secteurs culturels, ce qui contribue à lui donner une assise et un rayonnement dépassant l’entre-soi partisan. Ces liens, tissés ou trouvés, permettent de créer une dynamique autour de la revue qui dépasse la publication elle-même.

Tu dis que la dynamique dépasse la revue. Quels sont les objectifs politiques qu’elle se fixe ?
L’Ormée a vocation à être le reflet des initiatives culturelles du département, tout en politisant le débat culturel. Par le biais d’interviews des acteurs culturels, le choix politique de reprendre certains articles de L’Humanité sur la culture, une critique des politiques culturelles des collectivités territoriales du département, tout en restant ancré dans notre territoire, nous essayons d’apporter un regard neuf sur la culture, à mille lieues de la marchandisation qui s’opère actuellement. C’est le rôle premier de l’éditorial, écrit alternativement par un homme et une femme, mais aussi d’articles spécifiques. Par exemple, une mairie passée à droite a abandonné un centre chorégraphique reconnu nationalement, et la revue est intervenue sur ce sujet.
Au-delà de la publication, L’Ormée est présente lors d’initiatives régulières, telles que la fête de L’Humanité Gironde, la fête de la CGT, le festival d’Uzeste… et organise également des projections-débats en présence de réalisateurs. Nous avons toujours l’objectif de faire vivre une commission culture dans la fédération, et une revue est l’outil idéal pour assurer aussi bien une visibilité qu’une continuité des actions culturelles.

« Une revue est l’outil idéal pour assurer visibilité et continuité des actions culturelles. »

D’un point de vue organisationnel, comment fonctionne L’Ormée ?
Il y a un comité de rédaction qui se partage les tâches : prise de contact avec les acteurs culturels locaux, écriture des articles, mise en page, etc. Il y a également la chorale de L’Ormée et les amis de L’Ormée, des structures réunissant aussi bien des communistes que des sympathisants. Cela permet d’avoir des ressources militantes (pour la mise sous pli) et financières (par les abonnements) sans épuiser la fédération.
La revue, dont l’impression est faite à la fédération, vit par les abonnements, avec une tarification normale et un bon de soutien, ce qui permet d’assurer un support financier. Le journal est envoyé à environ mille cinq cents abonnés et autant d’exemplaires sont mis à disposition gratuitement dans les lieux culturels, les sections et à la fédération. Cette mise à disposition permet d’accroître continuellement le nombre d’abonnés.
N’hésitez pas à prendre contact avec les camarades de Gironde : ormee33@gmail.com

Quelles sont les perspectives au niveau national ?
Depuis le dernier congrès, nous avons engagé un recensement de ces initiatives. Nous allons maintenant nous atteler à construire un vrai collectif national, avec des relais dans les fédérations, pour donner une nouvelle dimension à ce pan du combat politique. Un chantier est ouvert dans le cadre du congrès, il permettra d’avancer sur ce terrain, de confronter les expériences, pour franchir un cap. Je suis convaincu que ces actions doivent devenir un identifiant fort du PCF, pour que l’on apparaisse clairement comme le parti de la solidarité concrète, le parti de « l’humain d’abord ! ».

Nîmes : l’enjeu culturel comme priorité des communistes

Retour sur l’expérience de Denis Lanoy, secrétaire de la section de Nîmes.

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De longue date, la section de Nîmes est sensible aux enjeux culturels. Quand Denis Lanoy en devient le secrétaire en 2016, c’est tout naturellement qu’il contribue à en faire une des priorités politiques du parti. Metteur en scène de métier, il connaît bien cet univers, où les communistes nîmois peuvent compter sur un tissu existant. D’un côté, deux lieux vivants situés à proximité des locaux du parti : le bar Le Prolé, à deux pas de la section, et le cercle de l’Avenir, à proximité de la fédération. Ces deux espaces organisent régulièrement des expositions et des temps culturels attirant le milieu progressiste local. De l’autre, l’association des Amis de la librairie Diderot (librairie historique proche du parti), dont plusieurs camarades sont des membres actifs, et qui anime périodiquement un café littéraire.
La section PCF va donc prendre appui sur ce terreau fertile pour organiser des rencontres thématiques, en lien avec la fédération, animées par Vincent Bouget, et le collectif Culture départemental.

« Décortiquer ce qui se passe dans le réel pour pouvoir le transformer. »

Deux objectifs sont assignés, l’un de court terme – construire un projet culturel local, pour les prochaines municipales – et l’autre plus profond : contribuer à clarifier les notions dans la société contemporaine autour des enjeux culturels, décortiquer ce qui se passe dans le réel pour pouvoir le transformer. Pour Denis, il est clair que le rôle de la culture est aussi de poser la question du langage, d’aider à nommer les choses pour ne pas se limiter au superficiel.
En guise de premier retour, il apparaît que ces actions répondent à un réel besoin de débat et aident à décloisonner, en faisant du fait culturel une préoccupation qui dépasse les seuls artistes. Un exemple : l’émergence d’un collectif citoyen sur la question des moyens associatifs, en partant d’un débat sur la suppression des emplois aidés. Exemple à suivre !

Les Journées du livre de Vienne (38), une tradition des communistes

En Isère, les communistes viennois tiennent depuis bien longtemps un événement emblématique à l’automne : Les Journées du livre et de la culture. Pendant un week-end, ils disposent de la salle des fêtes de la commune et y installent une librairie éphémère. Autour de cette base s’organisent diverses animations, selon les années : rencontres avec des auteurs, café-débat, représentation théâtrale amateur, concert… Même si la section n’a plus les moyens humains et financiers de la grande époque, les contacts établis et le rayonnement de l’initiative garantissent son succès chaque année. Les communistes sont ainsi la seule force politique à animer un temps mêlant culture et politique.

Culture et éducation populaire

En Seine-Saint-Denis, culture et éducation populaire se conjuguent pour une « Coopérative des idées » !
Rencontre avec Henriette Zoughebi, initiatrice de l’association.

La culture fait partie du terrain de lutte idéologique, et la fédération de Seine-Saint-Denis a choisi de l’investir par le prisme de l’éducation populaire, avec une association dédiée.
La Coopérative est née il y a un an, juste avant la présidentielle de 2017. L’idée fondatrice était de créer un dialogue entre les « experts du quotidien » et les chercheurs et chercheuses. Tout le monde a une expérience à partager, un cadre adéquat peut aider à l’exprimer, à se former, à réfléchir collectivement. L’association se fonde sur un rapport de partage et d’égalité. Quelles que soient les positions électives ou les responsabilités politiques, toutes les paroles sont écoutées et entendues au même niveau.

« Associer le plus largement possible, les acteurs et actrices du mouvement social. »

Les thèmes varient mais la volonté est toujours la même : associer le plus largement possible les acteurs et actrices du mouvement social. Syndicalistes, jeunes, responsables associatifs sont démarchés pour s’assurer que celles et ceux qui ne trouvent pas leur place dans les structures traditionnelles du Parti communiste soient présents.
Ce qui est prédominant, d’un point de vue organisationnel, est le format. Il n’y a pas de parole d’autorité, la salle est organisée sans tribune pour que, physiquement, les participants soient ensemble. La Coopérative démarre toujours par la parole des experts du quotidien, souvent par des jeunes, et ensuite chercheuses et chercheurs prennent la parole pour répondre aux questionnements. Ceux-ci sont d’ailleurs travaillés en commun, et non posés a priori.
L’objectif est que les questionnements débouchent sur des propositions politiques pour nourrir l’action politique quotidienne des communistes, en associant toutes celles et tous ceux qui ont un intérêt objectif au changement.

Henriette Zoughebi, bibliothécaire, est initiatrice de l’association La Coopérative des idées.

Les rencontres de Douchy-les-Mines

Une initiative culturelle et politique nationale dans le bassin minier.

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Dans le cadre de la préparation de la convention culture nationale du Parti communiste des 28 et 29 septembre prochain, les rencontres de Douchy-les-Mines des 29 et 30 juin ont vocation à être une véritable université populaire mêlant culture, politique et éducation populaire.
L’objectif d’un tel événement est de montrer qu’intellectuels, créateurs, militants politiques, syndicalistes et associatifs sont capables de se retrouver ensemble, dans un territoire particulier, pour engager la bataille culturelle et politique. À l’initiative des communistes et de leurs amis, il s’agit de construire une réflexion directement connectée à la pratique culturelle, pour combattre l’idée que la culture est un objet commercial.
Ce territoire particulier, c’est le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, sinistré par le chômage. Dans une circonscription remportée par le Front national, dans une ville communiste qui mène depuis plusieurs décennies une politique culturelle ambitieuse, il s’agit de faire de celle-ci un axe fort. La diversité aussi bien des thèmes que des formats répond à cet objectif fédérateur.
De manière plus opérationnelle, l’ossature de l’événement se fonde sur une agora, véritable colonne vertébrale, à laquelle s’adjoignent des espaces spécifiques porteurs d’intentions politiques et de formats propres.

« La bataille culturelle et politique se mène à partir d’une réalité concrète et matérielle. »

Ateliers d’éducation populaire pour découvrir, étudier, approfondir, décrypter. Groupes de travail pour échanger, réflé­chir, élaborer collectivement. Tables ron­des pour écouter, participer, construire une pensée. Propositions pour approcher les pratiques culturelles dans leur diversité : cinéma, chant, théâtre, photographie, littérature, arts plastiques, cirque et expositions. Débats politiques pour confronter ses idées et comprendre celles des autres, élaborer des propositions, des projets. Des rendez-vous ouverts sur le territoire, avec ses acteurs, ses réalités, ses enjeux, ses combats : la bataille culturelle et politique se mène à partir d’une réalité concrète et matérielle.
Également un parvis pour l’enfance et l’adolescence, avec des ateliers ludiques pour une découverte des droits à la culture, une culture scientifique à portée de tous, des maisons d’édition et des auteurs de livres pour la jeunesse… Une place aux livres pour favoriser les rencontres entre écrivains et lecteurs. Et des moments de convivialité et de fraternité, pour donner envie à tous de prolonger cette initiative au quotidien.
Le travail autour de la bataille des idées et des consciences relève du temps long, de la construction patiente avec les acteurs et actrices locaux de la culture. Ces rencontres sont un moyen de mettre un coup de projecteur sur la richesse et les potentialités politiques du milieu culturel, mais elles ont surtout vocation à allumer une étincelle qui doit se propager dans l’espace et le temps.

Cause commune n° 6 - juillet/août 2018