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Les communistes ont décidé d’un congrès extraordinaire et, dans le même mouvement, de s’en donner le temps et les moyens. Des centaines de contributions ont déjà été versées sur le site congres2018.pcf.fr ; les États généraux du progrès social ont été une étape utile. Le processus est enclenché. Pour autant, le temps file et on sent bien qu’il nous faut passer la vitesse supérieure. L’élection de la commission du texte, le 22 février, par le Conseil national en vue de l’élaboration de sa proposition de base commune de discussion, s’inscrit dans cette dynamique.
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La commission n’entend pas, en effet, travailler en vase clos. Pour répondre aussi pertinemment que possible aux questions passablement gigantesques auxquels les communistes sont aujourd’hui confrontés, il faudra bien plus que vingt-deux camarades. Il faudra au moins les expériences, les réflexions, les expérimentations de dizaines de milliers de communistes et, sans doute, au-delà d’eux encore. C’est aussi cela le pari d’être un parti communiste : le pari de l’intelligence collective, le pari de l’écoute, de la confrontation serrée et fraternelle dans le souci de révolutionner ce vieux monde, bien loin des plates intrigues qui font les délices d’une bourgeoisie vaudevillesque et ragoteuse.

Pourquoi être communiste au XXIe siècle et qu’entendons-nous par là ?
La question n’est évidente qu’en apparence, en France comme ailleurs. Pourquoi le taire ? C’est une âpre question sur laquelle, pour partie, nous butons depuis longtemps. Celui qui veut entendre trouvera bien des positions disparates entre le projet à ficeler nous-mêmes et la page blanche à faire remplir par autrui, entre le mouvement sans but et le but sans mouvement. Aux vieilles – cruciales et délicates – questions (propriété, place de l’État, questions de classe et articulation de celles-ci à celles qui ne s’y fondent pas entièrement…), s’ajoutent inévitablement les nouvelles : communs, 99 %, ubérisation… Par-delà les expériences d’hier dont on nous colle les Goulag à la peau, c’est avec notre monde présent qu’il nous faut surtout nous battre pour voir clair et trouver les voies révolutionnaires de notre temps. Si le combat communiste a un sens en ce siècle, c’est dans le monde présent qu’il s’agit sans aucun doute de le trouver. La question est difficile mais chacun mesure qu’elle est d’importance cardinale. Nous n’en sortirons pas en la déléguant, en nous dérobant, en fermant les yeux : c’est à nous toutes et tous, travailleuses et travailleurs de ce pays, d’entrer dans cette rude danse. Ça demande plus que des slogans, des préjugés et des récitations, ça demande du travail, de la confrontation et de l’écoute : plus le cercle de celles et ceux qui en joueront sera grand, plus grande sera notre chance de parvenir à dire juste et faire fort.

« C’est avec notre monde présent qu’il nous faut surtout nous battre pour voir clair et trouver les voies révolutionnaires de notre temps. »

La question stratégique
Elle se profile vite car il ne s’agit pas de se mettre d’accord sur un rêve mais de sortir dans les faits du cauchemar qui s’esquisse. Avoir un but n’est pas inutile dans pareille mission mais connaître le terrain de la bataille n’est pas moins important. Sommes-nous d’accord sur l’analyse de ce terrain ? Rien n’est moins sûr… « Le monde a changé » dit-on parfois – sans grand risque de se tromper il est vrai. En quoi ? Et quelle incidence cela doit-il voir sur notre stratégie communiste ? Ajoutons que la question des aspirations, idées et représentations de notre peuple – et des classes qui le composent – ne sont sans doute pas secondaires si l’acteur collectif révolutionnaire est bien à chercher de ce côté-là. « Nous avons perdu la bataille idéologique » entend-on ici ou là, dans le Parti communiste. Vraiment ? Toute la bataille ? Par-delà la sentence, il faut creuser, sans optimisme d’avance décrété ni spleen romantique. Doit-on vraiment envisager de répondre étroitement à la question des alliances électorales sans avoir fait, ensemble, ce travail stratégique préalable ?

« Il nous faut maintenant élargir hardiment le nombre de celles et de ceux qui participent à ce travail – quelle que soit l’entrée qui sera la leur. »

On pourrait développer encore l’importante question des bilans ou les audacieuses transformations du PCF à envisager pour en faire un parti pleinement utile et efficace face aux tâches qui l’attendent mais il ne s’agit vraiment pas de conclure avant d’avoir mené sérieusement ce travail, collectivement, aussi loin que possible.
Certains camarades se sentent un peu écrasés par cet ample ordre du jour du congrès – mais peut-on supprimer une question quand elle se présente à la porte du monde réel ? L’important n’est sans doute pas que chacun traite tout avec esprit d’entomologiste, mais il nous faut maintenant élargir hardiment le nombre de celles et de ceux qui participent à ce travail – quelle que soit l’entrée qui sera la leur. C’est la condition incontournable pour que ce congrès qui doit être extraordinaire, le soit effectivement dans la vie. C’est un défi mais qui a dit que les communistes n’étaient pas femmes et hommes à le relever ?

 

Le 22 février, le Conseil national a élu une commission pour élaborer sa proposition de texte de base commune en vue du congrès extraordinaire

• 87 voix pour (82,1 %)
• 19 voix contre (17,9 %)
• 20 abstentions

Le projet de base commune sera soumis au Conseil national les 2 et 3 juin. Il doit traiter, de manière cohérente et rassembleuse, les thématiques décidées : • le sens du combat communiste • l’état de la société française dans la mondialisation capitaliste • le bilan et l’orientation de notre démarche stratégique • les transformations du Parti • les élections européennes.
La rédaction de ce texte doit se mener sur la base du travail des chantiers chargés d'animer les réflexions et de recueillir les contributions. Aussi, d’ici juin, le calendrier de travail arrêté est le suivant : les responsables de chantier et de thématique devront établir une pré-note remise à la commission du texte le 15 mars et une note complète avant le 15 avril. La commission, sur cette base, rédigera un pré-projet de base commune qui sera soumis aux membres du CN début mai et organisera son travail durant mai dans un aller-retour avec les chantiers et les membres du CN.

La commission élue est composée de 22 membres à parité. Elle est animée par 4 camarades à parité : Guillaume Roubaud-Quashie, Yann Le Pollotec, Céline Brulin, Céline Malaisé,
coordonnés par Guillaume Roubaud-Quashie.

Thierry AURY
Frédéric BOCCARA
Vincent BOUGET
Céline BRULIN
Marie-Christine BURRICAND
Laurence COHEN
Cécile DUMAS
Frédérick GENEVÉE
Fabien GUILLAUD-BATAILLE
Pierre LAURENT
Émilie LECROQ
Patrick LE HYARIC
Yann LE POLLOTEC
Céline MALAISÉ
Sarah MISSLIN
Bertrand PERRIN
Guillaume ROUBAUD-QUASHIE
Lydia SAMARBAKHSH
Nathalie SIMONNET
Hülliya TURAN
Marie-Pierre VIEU
Igor ZAMICHIEI

Des textes destinés à lancer le débat

par Léo Purguette

La préparation du congrès du Parti communiste français se veut « extraordinaire » avec l’ambition d’impliquer de manière nouvelle un nombre très important d’adhérents. Pour cela, le processus de discussion ne démarre pas, comme c’est le cas habituellement, par un projet de base commune présenté par la direction nationale. Il se structure en chantiers thématiques sur lesquels chaque communiste est invité à s’exprimer. Les cellules, sections et fédérations sont également sollicitées pour organiser des échanges collectifs à propos des questions soulevées au sein de chaque chantier.
« Afin d’avancer dans le débat, les collectifs d’animation des cinq thématiques ont produit chacun une première note d’étape qui problématise les enjeux et permet d’instruire le débat, et de le démultiplier dans nos sections et fédérations. Les équipes de l’ensemble des chantiers sont disponibles pour animer dans les sections et les fédérations des initiatives et des débats », indique Yann Le Pollotec dans son rapport au conseil national du 9 février. Les notes qu’il évoque sont disponibles en ligne et téléchargeables sur le site congres2018.pcf.fr, dédié au congrès. Elles sont autant d’outils au service des communistes pour initier leur débat et lui permettre de se déployer. Elles peuvent servir d’introduction à un échange ou de matière à réflexion individuelle pour susciter des contributions.
À titre d’illustration, la note sur le sens de l’engagement communiste interroge : « La perspective communiste ne consiste-t-elle pas dans cette grande orientation politique de classe qui change radicalement les réponses à ces questions ? Qui décide ? Le combat communiste ne demande-t-il pas que ce soient les producteurs de richesses qui décident. Selon quelles finalités ? Le combat communiste ne demande-t-il pas que ce soient les besoins du plus grand nombre ou, plus profondément et largement, les finalités fixées démocratiquement par les producteurs de richesses eux-mêmes ? »
La note portant sur la démarche stratégique des communistes propose de « repenser nos constructions politiques dans le nouveau paysage » en agissant « dans plusieurs directions simultanément : initiative communiste et rassemblement, débattre de la notion de gauche, inventer des formes nouvelles d’intervention citoyenne, repenser nos alliances, la place des élections, réévaluer le rôle de nos élus… ».
Autre exemple : la note qui traite des transformations du PCF recense « les questions premières et essentielles auxquelles nous devons tenter de répondre collectivement ». En voici les principales : « Comment être le parti qui prend en compte les mouvements, les nouvelles aspirations ? Face aux interrogations ou défiances envers les organisations politiques, quel apport de la forme parti pour engager la transformation sociale. Comment organiser efficacement notre structuration pour agir et incarner la transformation sociale ? »
C’est de la réflexion de l’ensemble des communistes qui auront contribué à ces différents chantiers que la base commune de discussion – à proprement parler – sera issue.

À télécharger sur congres2018.pcf.fr

Cause commune n° 4 - mars/avril 2018