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par Jean-Frédéric Dejean

Le conseil national de juin 2017 a proposé la convocation d’un congrès national extraordinaire du Parti communiste français. Cause commune nourrit le débat. Jusqu’au congrès, vous lirez ici des contributions émanant d’un échantillon singulier du PCF : les militantes et militants ayant suivi les cinq stages cadres tenus ces trois dernières années. Camarades en responsabilité, ils livrent un point de vue libre, singulier et frotté à l’action.

En juin dernier, nous nous sommes réjouis, à juste titre, de l’augmentation du nombre de députés communistes à l’Assemblée nationale. Cette progression témoigne de la qualité du travail de terrain de nos militants et de notre organisation. Mais elle ne saurait masquer les faiblesses de notre parti et les crises qui le parcourent. La dé­marche politique que nous avions définie lors de notre XXXVIIe congrès, à travers notre volonté de faire émerger un front populaire et citoyen, n’a pas atteint ses objectifs. Une évidence s’impose, nous avons été mis en échec.

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À mon sens, ce revers n’est pas le fruit de quelques individualités. Il est avant tout collectif. Ainsi, le congrès extraordinaire qui se présente à nous en novembre 2018 ne doit pas être synonyme de « règlements de comptes » ou d’une « chasse aux sorcières ». Il doit être l’occasion de nous retrouver pour redéfinir ensemble les contours de notre stratégie afin que notre parti retrouve sa place centrale sur l’échiquier politique, condition indispensable à la mise en œuvre d’un véritable projet de transformation sociale.

« Le premier principe, c’est un projet politique clair qui vise à rompre définitivement avec les politiques libérales et d’austérité sans aucune forme d’ambiguïté. »

Établir un bilan de nos actions passées est nécessaire pour questionner notre démarche. Conscient de l’exigence d’une introspection portant sur une durée plus importante, je limiterai cependant ma réflexion sur les séquences électorales de l’année 2017.
Les communistes sont offensifs à tous les niveaux : sur la loi Travail, les services publics, contre l’état d’urgence et la réduction des libertés, sur la lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales, sur l’égalité femmes/hommes, sur la question du logement… Cette combativité quotidienne suffit-elle au développement de notre parti et l’expansion de son influence dans la société ?
Lors des débats internes qui ont précédé le vote des communistes de novembre 2016, il a été mentionné à de nombreuses reprises que l’élection présidentielle n’était pas une élection taillée pour notre parti. Collectivement, nous nous sommes enfermés dans un état de résignation et de détachement à l’égard de la question de l’élection présidentielle, alors même qu’elle demeure l’élection la plus importante aux yeux des Françaises et des Français, comme en témoignent les différents taux de participation recueillis. Selon moi, les sources de notre apathie sont à puiser bien au-delà de l’année 2016. De ce fait, force est de constater que nous n’avons pas appréhendé la question de l’élection présidentielle de façon stratégique. De manière inconsciente, et en dépit des différences qui ont vu le jour avec le Parti de gauche, notamment sur la question des élections municipales, départementales et régionales, nous nous sommes dit que Jean-Luc Mélenchon serait notre candidat naturel pour l’élection présidentielle de 2017 dans des conditions identiques à celles de 2012. En lançant son mouvement en février 2016, Jean-Luc Mélenchon nous a pris de court. Son refus obstiné, comme ceux de ses lieutenants, de tout accord avec notre parti révèle à mes yeux un paramètre essentiel : la capacité de proposer un(e) candidat(e) semble être, à l’évidence, un élément central dans le cadre de négociations avec d’autres forces politiques.

« Le second principe, c’est le respect de l’identité politique de chacun. »

Bien que nous portions un projet politique légitime et juste pour construire une VIe République dans laquelle le pouvoir législatif serait renforcé, il me paraît essentiel de nous saisir pleinement et différemment de la problématique de l’élection présidentielle pour que la parole des communistes compte réellement. Dans ce cadre, l’émergence d’une candidate ou d’un candidat « possible » issu de nos rangs doit être l’un de nos chantiers prioritaires. Cette démarche aura un double avantage. Premièrement, elle nous permettra de peser davantage dans nos futures négociations. Deuxièmement, et en cas d’échec de ces négociations, elle nous permettra de gagner en réactivité et ainsi de pouvoir être opérationnels rapidement pour défendre nos idées.

« Notre volonté de rassemblement demeure ancrée dans notre ADN. »

Néanmoins, cet objectif ne doit pas être opposé à notre volonté de rassemblement qui demeure ancrée dans notre ADN. Les divisions entre communistes, insoumis, écologistes et socialistes frondeurs ont conduit à l’absence d’un candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle et à un nombre insuffisant de députés de combat à l’Assemblée nationale. Ce constat montre la nécessité pour nous de construire, dès aujourd’hui, un rassemblement qui ne doit pas être cloisonné et qui aurait pour horizon les échéances électorales de 2022.
Un tel rassemblement ne peut, selon moi, se réaliser qu’en posant des principes que chacun des partenaires se devra de respecter. Parmi ces principes, deux me semblent essentiels. Le premier principe, c’est la constitution d’un projet politique clair qui vise à rompre définitivement avec les politiques libérales et d’austérité sans aucune forme d’ambiguïté. Le second principe, c’est le respect de l’identité politique de chacun. En d’autres termes, une formation politique de gauche ne saurait se prévaloir d’être, à elle seule, l’unique cadre du rassemblement. Ainsi, la constitution d’un cadre de rassemblement commun sous une bannière partagée par tous, nous permettant de nous préserver de toute tentation hégémonique, devra être une condition non négociable. En cas de non-respect de ces deux prérequis, une candidature communiste construite en amont nous sera bien utile. Offensifs, nous le sommes. Influents, nous pouvons le devenir.


En vue de son congrès, le PCF ajoute le numérique à ses outils

Dans leur volonté de se révolutionner, les communistes intègrent pleinement le numérique à la préparation de leur congrès extraordinaire.

par Léo Purguette

Donner aux adhérents les moyens du débat le plus riche possible, tel est l’objectif. « Cela passe par le lancement de congres 2018.pcf.fr, un site à vocation participative », indique Aurélie Biancarelli-Lopes, chef de projet numérique du PCF. « L’idée est de permettre à un maximum de communistes de s’exprimer directement et de mettre leurs idées dans le débat, en dépassant la logique de la contri­bution qui ne permet pas souvent l’échange de points de vue », poursuit la responsable communiste. Elle assure qu’il suffit de renseigner « son nom, son prénom, sa fédération », de respecter la charte d’utilisation, qui proscrit tous les débordements, pour pouvoir librement livrer un avis, partager une expérience et rebondir sur les expressions de ses camarades.

« Permettre à un maximum de communistes de s’exprimer directement et de mettre leurs idées dans le débat en dépassant la logique de la contribution qui ne permet pas souvent l’échange de points de vue. »
La préparation des états généraux du progrès social reprend la même visée. Le site progres-social.pcf.fr intègre lui aussi un aspect contributif, il permet au même titre que les cahiers papier de participer mais aussi de s’inscrire à l’événement national qui se tiendra le 3 février à Paris », précise Aurélie Biancarelli-Lopes.
Elle souligne également l’importance des états généraux de la révolution numérique organisés les 9 et 10 mars par le PCF, qui font partie intégrante de la préparation du congrès. « Ils seront animés par Yann Le Pollotec qui est chargé de cette question au sein du parti. Ils s’adressent aux professionnels du secteur et aux militants, et affirment la volonté du parti de prendre toute sa place dans le débat. »

Vers un nouveau site national
Toutes ces « pierres à l’édifice » participent d’un même mouvement pour transformer durablement la présence du PCF sur le net. « Nous allons renouveler profondément pcf.fr pour le rendre cohérent avec le parti tel qu’il est aujourd’hui », confirme Aurélie Biancarelli-Lopes. Pour exemple, il sera possible à partir du nouveau site de lancer des pétitions à propos de grandes questions nationales comme de sujets de proximité. « Aujourd’hui, les militants sont contraints de passer par change.org dont le modèle économique ne permet pas de rester en contact avec tous ceux qui approuvent leur démarche en signant. Ce sera désormais possible. » Autre innovation, celle-ci d’ores et déjà expérimentée sur 2017.pcf.fr : un agenda contributif, dans lequel les communistes peuvent indiquer eux-mêmes leurs initiatives militantes et/ou de solidarité concrète, en leur donnant un retentissement national. « La volonté est de donner à voir l’action du parti sur l’ensemble du territoire. »
La nouvelle plateforme numérique du PCF pourrait également permettre d’utiliser des pads. « Il s’agit de documents sur lesquels il est possible de travailler simultanément à plusieurs avec des codes couleurs qui distinguent les utilisateurs », détaille Aurélie Biancarelli-Lopes en indiquant qu’ils ont été expérimentés lors de l’assemblée des animatrices et des animateurs de section du 18 novembre pour rendre compte des discussions en ruches. « C’est la première fois que nous parvenons à avoir des comptes rendus aussi rapidement et simultanément. Ce type de méthode de travail pourra être pratiqué dans la proximité par exemple pour permettre à un secrétaire de section et un responsable de la communication d’écrire ensemble un tract. On a le souhait de favoriser la diffusion de ce type d’outil », résume-t-elle, convaincue que l’apport du numérique aux pratiques militantes du PCF « n’est pas un gadget mais un moyen d’opérer une coopération à grande échelle, une construction collective inédite ».

Cause commune n° 3 - janvier/février 2018