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La Vignerie, colonie de Bagnolet (municipalité communiste) sur l’île d’Oléron, les Vacances populaires enfantines (VPE) du Secours ouvrier international (organisation de la IIIe Internationale se fondant en 1935 dans le Secours populaire de France), ainsi que l’Association nationale de soutien de l’enfance (ANSE), offrent un aperçu des politiques menées par le PCF à l’échelle nationale.

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Colonies de vacances en 1936, Copie d’écran de vidéo de Ciné-archives

Depuis les années 1920, le PCF retrouve des pratiques héritées de la social-démocratie française, auxquelles il greffe une identité issue de la révolution russe d’Octobre 1917. Les pupilles et les colonies de vacances deviennent alors de véritables outils politiques au service des classes populaires, avec à leur tête des orga­nisations de masse du parti ou des municipalités communistes qui, par la prise en charge de l’enfance, préfigurent une société nouvelle. Néanmoins, le Pacte d’unité d’action entre communistes et socialistes, le 27 juillet 1934, qui débouche l’année suivante sur le Front populaire, conduit le PCF à s’ancrer davantage dans l’héritage de 1789. Les colonies de vacances incarnent ce tournant politique à travers une identité propre au communisme français et l’incorporation d’éléments républicains.

 Des politiques destinées à la classe ouvrière

Le PCF voit dans les colonies un outil de lutte contre les maladies qui gangrènent les villes ouvrières, notamment la tuberculose. Après les élections municipales de 1935, le parti conseille à ses nouveaux élus de se rapprocher des municipalités disposant déjà de colonies afin d’en reproduire les modèles. Son journal, L’Informateur municipal, sert également de guide pour accompagner les maires dans leurs politiques sociales.

« Les enfants pratiquent régulièrement gymnastique, football ou basket-ball. Certaines colonies, comme La Vignerie, accueillent des membres de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), qui délivrent le brevet sportif populaire créé en 1937. »

Cependant, le bon fonctionnement des colonies repose sur l’implication des familles. Les élus communistes, les militants des VPE organisent des kermesses et des récoltes de fonds à travers des loisirs populaires qui structurent les sociabi­lités des parents autour de la colonie de vacances. Aussi, les enfants écrivent des lettres et des cartes postales mettant en valeur les institutions communistes, participant indirectement à convaincre les familles des bienfaits du séjour. En cela, ces politiques sociales, ce « réformisme officieux » permettent aux élus et aux militants communistes de se placer comme des bâtisseurs et des bienfaiteurs de la classe ouvrière.

Preuve de ce caractère politique, la colonie de La Vignerie est ainsi victime d’une tentative de vandalisme menée par des membres des Jeunesses patriotes. L’île de Ré et l’île d’Oléron accueillent alors de nombreux villégiateurs nationalistes hostiles à la présence communiste. L’affaire prend une dimension nationale lorsque L’Humanité ­relaie le Bulletin municipal de Bagnolet, tandis que la presse d’opposition évoque « l’exaspération » de la population locale, accusation démentie par les élus oléronais qui réclament le démantèlement des ligues d’extrême droite.

 Des séjours au bord de la mer

Que se passe-t-il durant le séjour ? En août 1935, le magazine Regards présente les colonies muni­cipales comme des « machines à fabriquer la ­santé ». Cela est notamment confirmé par une circulaire du ministère de la Santé publique, adressée aux préfets le 17 avril 1937. Il est vrai qu’à l’occasion des séjours médecins et infirmières contrôlent régulièrement les enfants : prise de poids, prévention des maladies ou suivi sanitaire. Des repas copieux accompagnent de longs temps de repos.

« Les colonies traduisent donc une dimension essentielle du communisme : l’internationalisme. »

Cette dimension sanitaire est autant pratique que symbolique et se couple à une dimension sociale. Les enfants pratiquent régulièrement gymnastique, football ou basket-ball. Certaines colonies, comme La Vignerie, accueillent des membres de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), qui délivrent le brevet sportif populaire créé en 1937. Ainsi, les communistes accompa­gnent la démocratisation du sport.

Les baignades, sorties en forêt, fêtes et rencontres avec les habitants constituent une manière « rouge » et républicaine de mêler hygiénisme et retour à la nature. Lors des festivités, le drapeau rouge côtoie le drapeau tricolore ; les enfants présentent pièces de théâtre, démonstrations sportives et activités artistiques. Les enfants des villes découvrent aussi le jardinage ou les travaux agricoles et côtoient des enfants ruraux issus du même milieu social.

Aussi, les colonies permettent un déplacement d’un environnement urbain jugé malsain vers une campagne ou un littoral idéalisés. Symbole de cette pleine nature, le développement d’un camp de toiles de tente à l’été 1934 par La Vignerie. Aussi, elles accompagnent un État soucieux de leur développement. Durant l’été 1936, la sous-­secrétaire d’État à la Protection de ­l’enfance, ­Suzanne ­Lacorre, rend visite aux colons de la Vignerie.

L’apparence incarne symboliquement la régénération des colons. À la fin du séjour, les enfants se font couper les cheveux, signe visible de bonne santé. Le bronzage devient également un marqueur des vacances et de la « cure » bénéfique offerte aux enfants.

 Une identité particulière ?

Les communistes accordent également une grande attention à l’organisation de ces colonies ainsi qu’aux médias qui y circulent. Les Cahiers du contre-enseignement prolétarien de 1933 permettent de dégager leur fonctionnement ­général. À La Vignerie, les enfants sont regroupés par « communes » portant le nom de militants communistes. Des « chefs » servent d’intermédiaires avec les adultes et les enfants réalisent des journaux muraux destinés à diffuser avec leurs propres mots les nouvelles de la colonie et les idéaux du parti. Les colonies municipales visent aussi un objectif militant.

Mon camarade, journal fondé en 1933 et inspiré de la presse enfantine américaine, est distribué aux enfants. Ils y découvrent les aventures de jeunes pionniers, des romans-feuilletons ou des bandes dessinées diffusant des valeurs antifascistes, antiracistes et égalitaires, ainsi qu’un intérêt pour la science et l’histoire. L’URSS est aussi présentée à travers la presse et les projections cinématographiques. Ainsi, ces médias contribuent à l’organisation des sociabilités, de la mise en forme du monde.

« La Vignerie incarne localement la politique municipale communiste et forme de futurs sympathisants, tandis que l’ANSE développe une approche plus inclusive et humanitaire, accueillant l’ensemble de la classe ouvrière. »

Dans les faits, l’éducation s’assimile plus à des « simulacres de révolution » qu’à de l’embrigadement. Les enfants défilent en uniforme, avec fanions et drapeaux, tout en chantant L’Internationale ou La Jeune Garde. Les plaintes suscitées par certains vacanciers conduisent à la mise en place d’arrêtés par les préfets ou les maires. Globalement, ces mesures concernent l’ensemble des colonies, y compris catholiques.

Les VPE à La Couarde-sur-Mer (île de Ré) reprennent des éléments du modèle communiste, mais elles souhaitent rassembler par-delà les opinions politiques des parents. L’identité communiste s’éclipse progressivement après 1935. À la suite de la guerre civile espagnole, la colonie accueille en 1939 des enfants espagnols réfugiés en France. Les colonies municipales participent également à des collectes de dons matériels, financiers, et même hébergent des enfants en transit. Elles traduisent donc une dimension essentielle du communisme : l’internationalisme.

Ainsi, les colonies de vacances des municipalités communistes reflètent ce temps de Front populaire, en accompagnant l’émergence de l’État-­providence et l’évolution des pratiques sociales françaises. Pour autant, le tournant républicain du parti n’éclipse pas le particularisme identitaire des institutions. La Vignerie incarne localement la politique municipale communiste et forme de futurs sympathisants, tandis que l’ANSE développe une approche plus inclusive et humanitaire, accueillant l’ensemble de la classe ouvrière. Elles sont le reflet des tensions de l’époque, dans la prise en charge de l’enfance, dans l’affrontement avec l’extrême droite ou dans la guerre civile espagnole.

 Geoffrey Poitou est historien. Il est doctorant à l’université de Strasbourg.

Cause commune n° 49 • mai-juin-juillet 2026