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À travers un déroulé chronologique on découvre l’adaptation stratégique et tactique du PCF dans une période de crise politique.

Les origines du Front populaire (Début 1934 – Mi-1934)

Au début de l’année 1934, le Parti communiste français (PCF) applique encore rigoureusement la stratégie dite « classe contre classe » fixée par l’Internationale communiste (IC). Selon cette doctrine, la démocratie bourgeoise et la social-démocratie sont perçues comme les principaux agents de la fascisation de la société. Le PCF encore en 1932 a été amené à refuser toute alliance électorale avec les autres forces de gauche.

Cette ligne politique est mise à l’épreuve lors des événements du 6 février 1934, marqués par les manifestations violentes des ligues nationalistes de droite contre le gouvernement du radical Édouard Daladier. Des militants communistes (notamment de l’ARAC) descendent dans la rue, tandis que la direction du PCF dénonce le gouvernement. L’émeute de droite débouche sur la démission de Daladier et la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par Gaston Doumergue, qui intègre des figures de droite
comme André Tardieu, Pierre Laval et le maréchal Pétain mais également des radicaux. Le 9 février, le PCF organise seul une manifestation qui se ­solde par une violente répression (six morts). Après des tergiversations, la direction de la CGTU liée au PCF rejoint finalement l’appel à la grève lancé par la CGT pour le 12 février. La puissance des manifestations unitaires dans toute la France, et notamment place de la Nation à Paris, révèle une immense volonté d’unité antifasciste chez les ­ouvriers.

« Le 24 juin 1934, lors d’une conférence nationale du PCF, Maurice Thorez lance le mot d’ordre : “À tout prix nous voulons l’action. À tout prix nous voulons l’unité d’action”. »

La dynamique unitaire se développe dans le pays avec la mise en place de comités antifascistes locaux dont ceux du mouvement Amsterdam-­Pleyel lancé dès 1932 sous l’égide de Raymond Barbusse et de Romain Rolland. C’est également la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) parrainé par Paul Rivet, Paul Langevin et le philosophe Alain.

À Moscou, Staline et Dimitrov (nouveau dirigeant de l’IC) s’inquiètent de l’isolement de l’URSS face au nazisme. Avec Dmitri Manouilski, secrétaire de l’IC, ils invitent le PCF et son secrétaire général à s’adresser directement à la SFIO après l’avoir vertement critiqué pour ses initia­tives unitaires en 1933 au lendemain de l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne.

Le 24 juin 1934, lors d’une conférence nationale du PCF, Maurice Thorez lance le mot d’ordre : « À tout prix nous voulons l’action. À tout prix nous voulons l’unité d’action ». Des pourparlers s’engagent avec le Parti socialiste au sein duquel un fort courant de gauche fait pression pour le rap­prochement. Cela débouche, le 27 juillet 1934, sur la signature officielle du pacte d’unité d’action communiste-socialiste. Le PCF accepte le jeu de la démocratie pour défendre les institutions existantes contre le fascisme, abandonnant temporairement la rhétorique de la prise immédiate du pouvoir. C’est le premier accord de ce type depuis la scission, non seulement en France mais également à l’échelle européenne.

 L’évolution vers le Rassemblement populaire (Fin 1934 – Début 1936)

À l’automne 1934, la situation politique française se tend. Le gouvernement d’union nationale vacille sous l’impulsion d’André Tardieu qui prône une réforme autoritaire de l’État renforçant l’exécutif au détriment du Parlement. Au Parti radical les dissensions s’aggravent.

Pour le PCF, c’est l’opportunité d’élargir le front ouvrier aux classes moyennes, traditionnellement électrices du Parti radical dans lequel la participation gouvernementale aux côtés de la droite est de plus en plus critiquée.

« Le PCF accepte le jeu de la démocratie pour défendre les institutions existantes contre le fascisme, abandonnant temporairement la rhétorique de la prise immédiate du pouvoir. »

Lors des élections cantonales d’octobre 1934, les désistements mutuels entre socialistes et communistes fonctionnent, profitant aux deux formations au détriment des radicaux. Fort de ce succès, Maurice Thorez propose le 10 octobre de dépasser le front unique ouvrier pour bâtir un « vaste rassemblement populaire ». Le 24 octobre, à Nantes, où doit se tenir le congrès du Parti radical, il propose officiellement d’élargir l’alliance aux radicaux dans le cadre d’un “front populaire antifasciste pour le pain, la paix et la liberté”. Cela suscite des remarques critiques transmises par Palmiro Togliatti qui au nom de l’IC s’inquiète que le PCF devienne un simple appendice des forces de gauche. Les socialistes marquent leur étonnement car ils souhaitent garder l’exclusivité des rapports d’alliance avec les radicaux. La direction française du PC maintient son cap, consciente de l’écho positif de son initiative unitaire dans le monde ouvrier et dans toute la mouvance antifasciste.

L’année 1935 consacre cette stratégie de rassemblement populaire antifasciste et de défense des libertés démocratiques, d’autant que le contexte international et national s’y prête.

En mai 1935, un pacte d’assistance mutuelle ­franco- soviétique est signé entre Laval et Staline. Le PCF affirme la nécessité d’un effort de défense nationale face à l’Allemagne. De même, l’agression de l’Italie fasciste contre l’Éthiopie met à l’ordre du jour la nécessité d’une mobilisation anti­fasciste nationale et internationale qui dé­nonce les complaisances dont le Royaume-Uni et la France font preuve.

Les élections municipales de mai 1935 sont marquées par une victoire nette de la gauche. Le PCF double son implantation municipale (deux cent quatre-vingt-dix-sept mairies) et structure une « ceinture rouge » autour de Paris.

Le 14 juillet 1935 couronne les efforts unitaires du parti dont les militants ont été particulièrement actifs dans la préparation de manifestations gigan­tesques dans tout le pays unissant la SFIO, le PCF, les radicaux, la CGT et la CGTU. Ce « Rassemblement populaire » atteste symboliquement la réalité du Front populaire. Jacques Duclos y associe le drapeau rouge au drapeau tricolore, et les participants prêtent le serment de défendre les libertés démocratiques et de « donner du pain aux travailleurs ».

« À Moscou lors du 7e Congrès de l’Internationale (juillet-août 1935), Georgi Dimitrov érige l’activité du PCF en modèle pour le prolétariat international et appelle les partis communistes à s’en inspirer, mondialisant ainsi la politique du Front populaire antifasciste. »

À Moscou lors du 7e congrès de l’Internationale (juillet-août 1935), Georgi Dimitrov érige l’activité du PCF en modèle pour le prolétariat international et invite les partis communistes à s’en inspirer, mondialisant ainsi la politique du Front populaire antifasciste. Maurice Thorez, Marcel Cachin et André Marty intègrent les instances diri­geantes de l’IC, reconnaissance symbolique du rôle nouveau du PCF à l’échelle internatio­nale.Face à la politique de décrets-lois d’austérité du gouvernement Laval et à son attitude bienveil­lante à l’égard de l’agression italienne en Éthiopie, la gauche se soude et le PCF appelle à la création d’un gouvernement de gauche qu’il annonce pouvoir soutenir. Le PCF pousse conjointement à la rédaction d’un programme commun. Lors des négociations, le PCF insiste sur l’importance des mesures sociales et d’action contre les ligues d’extrême droite mais se montre plus modéré que la SFIO sur les réformes de structure : il refuse les nationalisations pour ne pas effrayer les radicaux et estime qu’elles n’ont pas de sens en régime capi­taliste. Le 11 janvier 1936, le programme du rassemblement populaire est signé par une centaine d’organisations (forces politiques, syndicales et associatives). C’est un texte de compromis axé sur la défense des libertés, la justice fiscale et la restauration du pouvoir d’achat (semaine de quarante heures).

Lors de son congrès de Villeurbanne en janvier 1936, le PCF parachève sa mue culturelle. Le discours abandonne le dogmatisme abstrait pour célébrer « l’union du peuple de France » (ouvriers, paysans, classes moyennes) contre les « deux cents familles ». Thorez va jusqu’à tendre la main aux catholiques et aux membres de la base des Croix-de-Feu. Il insiste sur la nécessité pour le parti d’avoir une politique de large rassemblement social et culturel.

Le succès électoral, les grèves et l’expérience du pouvoir (printemps 1936)

Les élections législatives du printemps 1936 se soldent par une victoire de la gauche unie. Si le bloc de gauche ne progresse globalement que de 2 % par rapport à 1932, la répartition interne des forces est profondément modifiée. Le PCF double son score, passant de 8,4 % à 15,4 % des suf­frages exprimés. Il nationalise son implantation (dans quinze départements, il dépasse les 20 %). La SFIO stagne juste sous les 20 % mais devient le premier parti de la coalition. Le Parti radical recule nettement à 14,4 %. Grâce à la discipline de désistement au second tour, le Front popu­laire a obtenu une majorité confortable de 370 élus sur 618. Le PCF passe de 11 à 72 députés, brisant son isolement géographique et s’affirmant comme un acteur incontournable de la vie politique nationale.

« Le 11 janvier 1936, le programme du Rassemblement populaire est signé par une centaine d’organisations (forces politiques, syndicales et associatives). C’est un texte de compromis axé sur la défense des libertés, la justice fiscale et la restauration du pouvoir d’achat. »

Cette progression en voix et en sièges marque la reconnaissance par l’électorat du rôle moteur joué par le PCF dans la dynamique du front populaire dont il est apparu comme un artisan essentiel.

Avant même la formation du gouvernement par Léon Blum, un mouvement de grèves spontanées d’une ampleur inédite submerge le pays à partir du mois de mai (Le Havre, Toulouse, puis la métallurgie parisienne). En juin, on compte près d’1,8 mil­lion de grévistes et 9 000 usines occupées. Ces ­grèves se déroulent dans une atmosphère de fête et de dignité ouvrière retrouvée, marquée notamment par une volonté de s’organiser tant sur le plan syn­dical que politique.

Le 4 juin, Léon Blum forme son gouvernement. Sous la pression des grèves mais aussi de ­nombreuses manifestations, les négociations s’ouvrent et débouchent le 8 juin sur les accords de ­Matignon (augmentation des salaires, droit syndical, délégués du personnel). Ils sont complétés par le vote des lois sociales sur les conventions collec­tives, les deux semaines de congés payés et la semaine de quarante heures.

Bien que soutien indispensable de la majorité, le PCF adopte une politique de non-participation au gouvernement Blum, se limitant au rôle de « ministère des masses » avec soutien sans participation. Justifiée par l’argument qu’une présence communiste au gouvernement affole la bourgeoisie, la décision a en réalité été dictée par l’Internationale communiste. Celle-ci, dès l’automne 1935, puis en mai 1936, avait envoyé des directives strictes interdisant la participation ministérielle, de peur de fragiliser l’alliance antifasciste en cas de crise politique majeure mais également ­parce qu’elle craignait que le PCF devienne prisonnier d’une discipline gouvernementale contrai­gnante. Se pliant ainsi à la discipline du centralisme démocratique international, le PCF conserve sans doute une influence majeure dans le pays, mais il reste en ­dehors d’un gouvernement désormais en décalage avec la dynamique de front populaire et sur lequel le PCF n’a qu’un effet ­limité lorsqu’il s’agit de prendre des décisions majeures pour l’avenir du Front populaire.

 Le PCF au Parlement : une opposition loyale et constructive

Bien qu’il n’exerce aucune fonction ministérielle, le PCF s’implique pleinement dans la majorité parlementaire du Front populaire. Les soixante-douze députés communistes soutiennent le gouvernement de Léon Blum et se gardent de voter contre lui, y compris lors de décisions qu’ils désapprouvent fortement : ainsi en septembre 1936 avec la dévaluation du franc ; en décembre 1936, lors des controverses sur l’absence d’aide officielle à l’Espagne républicaine ; en mars 1937 avec l’annonce par Blum de la « pause » dans les réformes sociales.

« Lors des élections législatives du printemps 1936, la progression en voix et en sièges du PCF marque la reconnaissance par l’électorat du rôle moteur joué par le PCF dans la dynamique du front populaire dont il est apparu comme un artisan essentiel. »

Le parti concourt activement à l’oeuvre législative. Avec l’aide du philosophe Georges Politzer, il élabore une doctrine économique novatrice qui articule la défense des revendications ouvrières avec des propositions de modernisation industrielle, d’investissements et de réformes fiscales. Sa position évolue également sur la question des réformes de structures économiques. En 1937, le PCF appuie les cheminots CGT mais critique les compromis accordés aux intérêts privés lors de la création de la SNCF. Puis, à l’automne 1938, alors qu’il les récusait autrefois, le parti intègre à son programme les nationalisations des banques et des industries clés. Il opère ce tournant au moment où le gouvernement d’Édouard Daladier et de Paul Reynaud commence à détricoter les acquis du Front populaire.

 L’avènement d’un parti de masse et d’une galaxie militante

En quatre ans, le PCF change radicalement de dimensions en multipliant ses effectifs par 9 ou 10, passant de moins de 29 000 adhérents fin 1933 à une fourchette de 257 000 à 292 000 à la fin de l’année 1937. Fin 1936, avec 237 000 cartes placées, il dépasse même la SFIO.

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Cette croissance influence l’organisation in­terne marquée par le développement des cellules d’entreprise : les grèves ont réactivé l’implantation du parti sur les lieux de travail. Les cellules d’entreprise représentent un tiers des structures en 1937 (contre un cinquième en 1934). À l’usine Renault de Billancourt, les effectifs communistes explosent, grimpant de 120 militants en mai 1936 à plus de 7 200 en 1937. Ce phénomène reste toutefois majoritairement parisien. Parmi les organisations dites auxiliaires, la Jeunesse communiste (JC) passe de 3 500 membres en 1933 à 100 000 fin 1936. Le quotidien L’Humanité atteint un pic de 2 millions d’exemplaires vendus au début de juin 1936, avant de se stabiliser à 400 000. Les progrès de l’influence communiste sont importants parmi le mouvement syndical et les organisations associatives. Au sein de la CGT réunifiée forte de 4 mil­lions de membres, les communistes s’imposent dans les secteurs les plus dynamiques (métaux, chimie, cheminots, bois), même si les quotas issus de la réunification ne bougent pas. Parallèlement, le PCF s’implique dans un vaste réseau d’organisations de masse avec, par exemple, la création du Secours populaire issu du Secours rouge, l’essor de la Fédération sportive et gymnique du travail, des Amis de l’URSS, etc.

L’investissement du monde intellectuel et culturel

Sous l’impulsion de Paul Vaillant-Couturier puis de Louis Aragon, le PCF s’ouvre largement aux artistes et aux intellectuels. Il soutient le Congrès international pour la défense de la culture en juin 1935 (avec André Gide et André Malraux) et développe les Maisons de la culture, dont Aragon reven­dique 80 000 adhérents en 1938 (contre seulement 2 000 à l’ Association des écrivains et artistes révolutionnaires, AEAR, en 1934). ­L’Humanité modernise sa formule et ouvre ses colonnes à des signatures prestigieuses comme Julien Benda ou Jean Guéhenno. Le quotidien Ce Soir est lancé en 1937 sous la direction d’Aragon. Au congrès ­d’Arles en 1937, le PCF célèbre ouvertement « l’intelligence française » et la culture nationale. Dans la seconde moitié des années 1930 se forge une culture politique communiste cohérente, qui repose sur la coexistence de deux univers ­culturels distincts mais pourtant associés. Le PCF intègre le catéchisme idéologique forgé en URSS, sacralisé en 1938 par la publication du Précis d’histoire du PC(b) de l’URSS attribué à Staline. L’attachement inconditionnel à l’Union soviétique et l’évocation du rôle de Maurice Thorez – érigé en « fils du peuple » sur le modèle de Staline – deviennent des éléments identitaires majeurs. Cet alignement pousse le PCF à approuver sans réserve les procès de Moscou (1936-1938) et la “grande terreur”. L’Humanité fustige les « hitléro-trotskystes » et la direction justifie l’exécution des vieux bolcheviks (Boukharine, Rykov) et de l’état-major de l’Armée rouge (Toukhatchevski), assimilés aux traîtres de l’histoire de France.

« Sous la pression des grèves mais aussi de nombreuses manifestations, les négociations s’ouvrent et débouchent le 8 juin sur les accords de Matignon. »

En parallèle, le PCF s’identifie à la nation révo­lutionnaire. Son imaginaire se déplace de la sans-culotterie radicale vers le jacobinisme gouvernemental de Robespierre. En 1939, lors du 150e anniversaire de la Révolution, le parti fusionne l’exaltation stalinienne et le patriotisme français : les fascistes sont comparés aux aristocrates émigrés de Coblence, tandis que les communistes se veulent les héritiers des Jacobins. Pour Thorez, continuer 1789, c’est préparer la révo­lution socialiste de demain.

Des nuances internes révèlent toutefois des sensibilités différentes au sein de la direction. Maurice Thorez privilégie la figure de Robespierre et l’année 1792, mettant l’accent sur le rassemblement le plus large possible et l’élan national contre le péril extérieur. De son côté, André Marty préfère la radicalité de l’année 1793, privilégiant l’identité et la spécificité révolutionnaire communiste au détriment du compromis.

Face aux réflexions novatrices de Dimitrov ou Togliatti qui ébauchent en Espagne le concept de « démocratie populaire » pour lier transition démocratique et socialisme, le PCF reste plus classique : la démocratie bourgeoise est un ter­rain d’alliance immédiat pour battre le fascisme, mais la prise du pouvoir devra ultérieurement se confor­mer au modèle bolchevique pur de la dictature du prolétariat. Pour autant, la stratégie de front populaire entraîne une évolution de sa réflexion sur les réformes susceptibles de construire une république sociale sans attendre.

Le drame espagnol et le délitement du Front populaire

La guerre civile espagnole, déclenchée en juillet 1936 par le coup d’État de Franco, accélère la désa­grégation de la gauche française. Face au soutien germano-italien aux rebelles, le PCF exige une intervention massive (« Des avions, des canons pour l’Espagne »), tandis que Léon Blum, pressé par l’Angleterre et le pacifisme d’une partie des socialistes et des radicaux, choisit la non ­intervention officielle. Sous l’égide du Komintern, le PCF devient le pivot logistique du soutien à la République espagnole : il organise le recrutement pour les brigades internationales et met sur pied des réseaux maritimes clandestins de livraison d’armes (France-­Navigation). La tension natio­nale s’aggrave le 16 mars 1937 lors de la fusillade de Clichy (six morts), dont le PCF attribue la responsabilité au gouvernement. Usé, Blum démissionne en juin 1937. Le radical Camille Chautemps lui succède et amorce un virage vers le centre.

 Le refus de Munich et la revanche sociale des possédants

Face à la menace hitlérienne, Maurice Thorez tente une ultime initiative politique au printemps 1938 en proposant un gouvernement d’union élargi « de Marcel Cachin à Louis Marin » (de l’extrême gauche à la droite antifasciste). Moscou oppose un refus catégorique, stipulant que seul un état de guerre déclarée pourrait justifier une telle alliance nationale. La rupture définitive survient à l’automne 1938 ; le 30 septembre, c’est la signature des accords de Munich. Le PCF est la seule force politique à voter unanimement contre la ratification à la Chambre, dénonçant l’abandon de l’allié tchécoslovaque. Le 12 novembre, les décrets-lois de Daladier et Reynaud liquident la semaine des quarante heures. Le 30 novembre, la grève de protestation lancée par la CGT échoue et déclenche une répression antisyndicale massive visant prioritairement les communistes. On dénombre des milliers de licenciements et l’arrestation de centaines de délégués. En quelques mois, la CGT perd 1,5 million d’adhérents.

« Au printemps 1939, le Front populaire est mort. Une virulente campagne anticommuniste, teintée de xénophobie, s’installe à droite, demandant l’interdiction du PCF alors que le ministre allemand Von Ribbentrop est reçu à Paris. »

Au printemps 1939, le Front populaire est mort. Une virulente campagne anticommuniste, teintée de xénophobie, s’installe à droite, demandant l’interdiction du PCF alors que le ministre allemand von Ribbentrop est reçu à Paris. Exclue du jeu diplo­matique à Munich, l’URSS abandonne la doctrine de la sécurité collective et s’enferme dans les paroxysmes de la Grande terreur, préparant son futur revirement stratégique. Pour le PCF, qui tente de proposer un plan de redressement économique alternatif pour faire revivre l’union, le temps de l’isolement a commencé.

Serge Wolikow est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne et directeur du conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri.

Cause commune n° 49 • mai-juin-juillet 2026