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Juste avant le 40e Congrès du Parti communiste Français, Igor Zamichiei, responsable national à la vie du Parti, revient pour Cause commune sur différentes questions d’actualité et sur les enjeux du Congrès.

CC : Cette année marque les quatre-vingt-dix ans du Front populaire, comment le PCF célèbre-t-il cet événement ? 
Les quatre-vingt-dix ans du Front populaire sont l’occasion de rappeler toute l’actualité de cette expérience politique majeure. En 1936, face à la montée de l’extrême droite, la mobilisation sociale et politique a permis des conquêtes sociales, démocratiques et culturelles. Congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, essor de l’éducation populaire et de la culture : le Front populaire a démontré que l’unité du monde du travail pouvait changer concrètement la vie du pays. À l’heure où l’extrême droite progresse à nouveau, cet héritage garde une force d’inspiration considérable. C’est dans cet esprit que le PCF a organisé, le 4 juin dernier, une grande soirée nationale au siège du parti. Cette initiative a réuni responsables politiques, historiennes et historiens, syndicalistes, militantes et militants autour d’une table ronde, de témoignages, d’expositions consacrées à l’histoire, aux conquêtes et à l’héritage du Front populaire. Cette célébration se poursuivra à l’automne avec une grande exposition intitulée « 1936-2026 : Résonances », portée par Libres comme l’art. Présentée d’octobre 2026 à janvier 2027 au siège du parti, elle mettra en dialogue des œuvres marquantes de la période du Front populaire et de la lutte contre le fascisme avec des œuvres contemporaines. L’objectif est de montrer comment les combats pour l’émancipation, la démocratie, la paix et la culture continuent de résonner aujourd’hui. Cette exposition ambitionne d’être un événement politique et culturel majeur, à la hauteur de l’héritage de 1936 et des défis de notre temps.

« Le Front populaire a démontré que l’unité du monde du travail pouvait changer concrètement la vie du pays. À l’heure où l’extrême droite progresse à nouveau, cet héritage garde une force d’inspiration considérable. »

CC : Les prix de l’essence et du gasoil continuent d’augmenter et d’affaiblir le pouvoir d’achat, alors que les grands groupes pétroliers affichent des bénéfices records. Quelle est l’analyse du conseil national sur cette situation et quelles actions sont envisagées ?
Les profits de TotalEnergies, 6 milliards d’euros au premier trimestre, sont inacceptables. Cette entreprise doit être placée sous contrôle de la nation et des travailleuses et des travailleurs pour répondre aux besoins et garantir un juste prix, c’est le sens de notre proposition de nationalisation et de constitution d’un grand pôle public de l’énergie avec EDF et Engie. Pour faire face à la vie chère et à la crise actuelle, le PCF défend un principe simple : reprendre le pouvoir sur les choix économiques pour garantir une vie digne à chacune et chacun. Cela passe par des mesures immédiates pour protéger les travailleuses et les travailleurs: blocage et encadrement des prix de l’énergie, taxation des superprofits, hausse des salaires et des pensions. Ces mesures d’urgence sont nécessaires mais elles doivent s’accompagner d’une reprise en main de notre système de production pour l’extirper de la domination du capital et permettre aux travailleuses et aux travailleurs de décider des choix stratégiques des entreprises dans le cadre d’une planification démocratique. La dépendance aux marchés pétroliers, comme à la finance, fragilise durablement le pays. C’est pourquoi nous proposons de renforcer la maîtrise publique de l’énergie, de développer massivement les transports collectifs et le ferroviaire, et d’engager de grands investissements productifs et écologiques permettant de répondre aux besoins humains plutôt qu’aux exigences des actionnaires.

CC : Quelle analyse le conseil national a-t-il produit de la situation internationale et comment conduire une politique de paix ?
Pour la première fois depuis des décennies, le PCF a franchi une étape importante dans la définition de sa politique internationale avec l’adoption au conseil national du cahier thématique national consacré à la paix. Nous vivons un moment de basculement historique du monde, qui est une manifestation de la nouvelle étape de la crise du système capitaliste : face à l’épuisement du modèle néolibéral et à la concurrence accrue entre puissances, la classe capitaliste cherche à préserver ses intérêts par la militarisation, le surarmement, la guerre et la remise en cause des règles internationales. Derrière les guerres en cours se jouent des affrontements pour le contrôle des ressources, des routes commerciales, de l’énergie, des technologies et des sphères d’influence. Les dépenses militaires explosent, tandis que les besoins sociaux, climatiques et de développement sont relégués au second plan. La politique de paix portée par les communistes est fondée sur trois principes : une solution aux conflits par la diplomatie sur la base du droit des peuples à disposer d’eux- mêmes, du droit international et de la charte des Nations unies ; la solidarité internationale telle que nous la portons avec la constitution de l’Alliance internationale pour les droits du peuple palestinien travaillée avec L’OLP ou encore la campagne de solidarité avec Cuba travaillée avec le Parti communiste cubain ; une politique de défense nationale en la centrant sur les stricts besoins de la défense de la nation et en la plaçant sous le contrôle de cette dernière, tout en repoussant toute politique d’agression ou fondée sur une projection extérieure de type expansionniste ou néocolonial.

« Pour faire face à la vie chère et à la crise actuelle, le PCF défend un principe simple : reprendre le pouvoir sur les choix économiques pour garantir une vie digne à chacune et chacun. »

CC : Comment le PCF entend-il se positionner dans le scrutin présidentiel et dans celui des législatives qui s’ensuivront ? 
Une proposition a été faite par la direction nationale. À l’heure où je réponds à cette question, le congrès national la conférence nationale en son sein ne se sont pas encore tenus. Concernant la présidentielle, les communistes devront s’exprimer par un vote du 3 au 6 septembre. Ma conviction est que nous battrons l’extrême droite en 2027 et durablement qu’à la condition de mobiliser les travailleuses et les travailleurs plus largement que ne le fait la gauche aujourd’hui et de les organiser politiquement avec notre parti. L’enjeu clé est l’unité des travailleuses et des travailleurs pour porter de nouvelles conquêtes sociales et démocratiques. Nous pourrions avoir trois objectifs complémentaires dans ces campagnes, présidentielle et législatives contribuer à battre l’extrême droite en élargissant le champ de la gauche et en renforçant le PCF ; faire intervenir le monde du travail dans notre campagne et contribuer dès à présent à la mobilisation sociale la plus forte possible ; préparer les législatives en même temps que la présidentielle. La campagne présidentielle, avec Fabien Roussel si les communistes valident ce choix, doit porter notre projet original pour piloter le mode de production par des objectifs sociaux et écologiques, par les travailleuses et les travailleurs, avec de nouveaux pouvoirs d’intervention sur le travail et sur l’argent. Elle doit être articulée à des candidatures législatives construites à la base, dans les départements, en tenant compte des rapports de force et de notre implantation. 

CC : La préparation du congrès et le vote de la base commune sont l’occasion de recenser les communistes. Peux-tu nous faire un état des adhérents et des structures actuelles du parti ? 
Il nous faut continuer à réaliser un état des lieux lucide de notre organisation, de ses faiblesses et de ses atouts, et surtout porter beaucoup d’ambition pour l’avenir. Nationalement, la baisse des adhérents-cotisants se poursuit, nous avons des difficultés de renouvellement dans les quartiers populaires et les zones rurales, mais cela masque des disparités importantes entre les fédérations et les sections. Je note avec satisfaction que des fédérations différentes voient leur nombre d’adhérents se maintenir ou progresser.
C’est le cas par exemple de la fédération des Bouches-du-Rhône, qui est la première fédération de France en nombre d’adhérentes et d’adhérents, qui progresse d’ailleurs également en nombre d’élus, c’est le résultat d’un travail politique de rayonnement de nos idées dans le département et d’un travail constant d’organisation. Après le 40e congrès, l’heure sera à amplifier nos efforts pour développer l’action de proximité par la création du plus grand nombre possible de cellules dans les lieux de travail, les lieux de vie, les quartiers de nos villes et les villages. Le système de suivi des fédérations nécessite d’être davantage au cœur de notre travail de direction avec des échanges réguliers sur la réalité des difficultés et des succès des organisations du parti. Nos campagnes nationales et locales peuvent jouer un rôle décisif pour le renforcement du parti, à condition qu’elles permettent de ramener la conflictualité politique sur le terrain du travail et de la vie matérielle, de l’emploi, des salaires, des services publics.

« Après le 40e Congrès, l’heure est à amplifier nos efforts pour développer l’action de proximité par la création du plus grand nombre possible de cellules dans les lieux de travail, les lieux de vie, les quartiers de nos villes aux villages. »

CC : Les 38e et 39e congrès ont marqué l’ambition des communistes de se réimplanter à l’entreprise et dans le monde du travail. Où en est-on et quelles sont les orientations proposées pour mener à bien cette ambition ? 
La commission nationale Entreprises a commencé un travail qu’il nous faut désormais accélérer car trop peu de communistes sont organisés sur une cellule ou une section d’entreprise. Le journal Agir, dont treize numéros sont sortis, est un atout pour notre activité à l’entreprise et sur tous les lieux de travail. C’est le cas aussi de la mise en place de référents et de référentes au sein de la commission nationale Entreprises pour développer notre intervention dans plusieurs secteurs. Mais il faut aller plus loin. Chaque structure locale devrait cibler un lieu de travail ou un secteur d’activité professionnelle avec des moyens humains et financiers fléchés, pour expérimenter des actions,et faire le bilan régulier et à l’issue des trois ans qui nous séparent du prochain congrès. Quand je parle d’expérimentation, une proposition est de développer des cellules interentreprises dans les zones industrielles, sur les plate- formes logistiques ou dans les centres commerciaux. Il faut aussi développer les échanges politiques entre travailleurs et travailleuses de différents sites d’une même entreprise présente dans plusieurs départements, comme cela a déjà été fait pour certaines telles que Amazon. Soyons créatifs et efficaces dans ce travail en cherchant toujours à partir des préoccupations des salariés pour révéler les logiques du capital qui pèsent sur le travail et faire progresser la conscience de classe !

Cause commune n° 49 • mai-juin-juillet 2026