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L’écologie, le climat exigent de s’organiser dans un délai court, de façon cohérente dans l’espace et le temps, sur des objectifs qui entrent en contradiction avec le capitalisme.

L’humanité fait face à deux périls globaux : le risque d’une guerre impliquant un arsenal nucléaire capable, même en partie, de détruire l’humanité, et l’effondrement des écosystèmes dont dépend la survie de huit milliards d’êtres humains – bientôt dix.

Ces menaces doivent être prises très au sérieux et marquent la gravité du moment historique que nous traversons. Les éviter suppose de répondre aux besoins fondamentaux de la population mondiale, tels que définis par les quinze objectifs de développement durable de l’ONU, tout en les rendant compatibles avec la préservation des écosystèmes, en particulier du climat.

Le défi est immense et le temps presse : pour le climat, l’horizon 2050 revient souvent dans les rapports scientifiques, mais l’essentiel se ­jouera dès les années 2030 selon les politiques mises en place. En pratique, nous avons environ vingt à vingt-cinq ans pour atteindre la neutralité car­bone mondiale et éviter que de vastes régions, aujourd’hui habitées par des milliards de ­personnes, deviennent inhabitables, avec des bouleversements géopolitiques majeurs.

 

Le plan climat

Au PCF, une équipe d’ingénieurs, de scientifiques, de militants du monde du travail et de la société civile a travaillé sur les mesures permettant d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ce travail a abouti à un « plan » fondé sur une modélisation qui projette, année après année jusqu’en 2050, la baisse des émissions dans les secteurs du bâtiment, de l’industrie, des transports et de l’agriculture. L’ensemble est détaillé dans un document de cent cinquante pages (consultable sur revue-progressistes.org). La démarche est partie des réalités physiques – niveaux d’émission de CO2 par secteur et solutions technologiques disponibles – avec un objectif politique clair : préserver le climat tout en améliorant la qualité de vie. Le constat est sans appel : compte tenu du temps limité et de la nécessaire cohérence entre secteurs, la réussite d’un tel plan exige un pilotage public fort, fondé sur la planification, des services publics puissants et des entreprises nationalisées, affranchis des critères du marché et de la concurrence.

« En 25 ans c’est une transformation complète de la façon de se loger, de se nourrir, de se déplacer, de produire qu’il faut engager, c’est unique dans l’histoire de l’humanité. »

Autrement dit, une organisation économique qu’on appellerait un « socialisme à la française », comme l’appelait de ses vœux Fabien Roussel lors de la conférence nationale du PCF en 2024. Ce résultat ne découle pas d’un raisonnement idéologique préalable. L’équipe n’a pas cherché à illustrer une théorie, mais à résoudre un problème physique concret : réduire presque à zéro les émissions de gaz à effet de serre en France d’ici 2050 – et cette démarche conduit de fait à des politiques de type socialiste sur plusieurs décennies.

 

À l’échelle de la planète

Au niveau de la planète, la nécessité d’une organisation socialiste se révèle encore plus pertinente. Les rapports du GIEC pour le climat et d’autres travaux sont là pour éclairer les politiques sur les nécessaires mesures à prendre. En vingt-cinq ans, c’est une transformation complète de la façon de se loger, de se nourrir, de se déplacer, de produire qu’il faut engager, c’est unique dans l’histoire de l’humanité. Et insistons, il y a la transformation de l’existant mais aussi toutes les infrastructures nouvelles à construire pour éradiquer la pauvreté actuelle sous toutes ses formes et faire face à l’accroissement de la population.

« L’équipe du plan climat n’a pas cherché à illustrer une théorie, mais à résoudre un problème physique concret : réduire presque à zéro les émissions de gaz à effet de serre en France d’ici 2050 – et cette démarche conduit de fait à des politiques de type socialiste sur plusieurs décennies. »

Tout intellectuel qui se respecte se doit de partir de ces réalités. On ne peut pas perdre de temps avec d’un côté un proudhonisme complètement déconnecté faisant fi des luttes et des batailles politiques avec la réalité des rapports de forces en jeu, et de l’autre des intellectuels idéalistes qui par définition ne sont pas matérialistes et sous-estiment les ordres de grandeur de ces défis.

 

Sous-estimation des périls écologiques

C’est là où le bât blesse. à quelques exceptions près, les collectifs d’intellectuels marxistes, y compris au sein du PCF, n’intègrent pas vraiment ces réalités matérielles et le peu de temps dont nous disposons pour agir et, pour des raisons de formation, ils sous-estiment largement les périls écologiques. Au mieux, on se contente de réfléchir à une « visée » avec des principes généraux en se disant que l’intendance suivra, que le problème logistique et d’organisation, les défis industriels, tout cela n’est qu’une formalité, une broutille, une fois l’objectif politique défini. Il n’est donc pas étonnant que l’idée de socialisme soit surtout vue de leur part comme un objet de discussion théorique, au mieux un débat sur la perception positive ou non que pourrait avoir l’opinion publique de ce terme, et non pas comme une nécessité matérielle de ce monde. Notons qu’un groupe d’intellectuels dans le parti a d’ailleurs ressenti le besoin de se définir comme « communiste et matérialiste » : c’est bien le signe qu’il fallait rappeler cette évidence, ce pléonasme.

« La planification du plan climat Empreinte2050 n’est pas une prédiction, mais une trajectoire cohérente d’objectifs et de mesures à mettre en œuvre sur les vingt à trente prochaines années. »

L’écologie, le climat exigent de s’organiser dans un délai court, de façon cohérente dans l’espace et le temps, sur des objectifs qui entrent en contradiction avec le capitalisme. Cela donne une nouvelle pertinence à l’idée de planification, reprise d’ailleurs par tous les pouvoirs publics, même si c’est pour mieux la pervertir. Le diable se nichant dans les détails, leur planification est tout sauf socialiste, et reste inscrite dans le capitalisme. Cela pose la question de la définition de la planification, comment est elle organisée et décidée. C’est un vrai sujet en soi.

 

Besoin de planification

Dissipons un malentendu : la planification du plan climat Empreinte 2050 n’est pas une prédiction, mais une trajectoire cohérente d’objectifs et de mesures à mettre en œuvre sur les vingt à ­trente prochaines années. Elle repose sur des hypothèses raisonnables de progrès techno­logique, sans compter sur des ruptures majeures, par prudence. Par exemple, le plan ne suppose pas l’usage d’avions électriques ou à hydrogène en 2050, l’exploitation de météorites riches en métaux, ni le stockage massif d’hydrogène solide. Miser sur de telles incertitudes serait risqué alors que, face au climat, nous avons une véritable obligation de réussite.

« La planification socialiste est un travail exigeant, fondé sur la rigueur scientifique et loin des slogans faciles. »

Le plan climat ne prévoit pas non plus la construction de quarante EPR – il en propose vingt – car un tel objectif serait irréaliste au regard de nos capacités industrielles. Parvenir à ces conclusions demande un travail considérable : il faut recenser l’état des technologies, évaluer leur maturité dans le temps dont nous disposons et tenir compte des réalités industrielles. Or vingt à vingt-cinq ans, c’est très court lorsqu’il s’agit de transformer des infrastructures énergétiques, industrielles ou agricoles. Cet exercice est bien plus exigeant qu’une simple pétition de principe sur la créativité des salariés, la démocratisation de l’entreprise ou la capacité des chercheurs à lever des verrous technologiques et résoudre tous les problèmes. S’en tenir à ces déclarations serait commode, mais éviterait un travail pourtant indispensable. Concrètement, le plan prévoit la construction de vingt EPR et le développement d’une nouvelle génération de réacteurs consommant beaucoup moins d’uranium, qui pourrait arriver à maturité dans les années 2040. Cela constitue un point d’appui concret pour les luttes et pour l’exigence d’une politique industrielle ambitieuse. Le succès de la présentation de ce volet du plan climat, le 6 juin 2025 au siège du PCF à Paris, en témoigne : avec la participation de l’ensemble des acteurs de la filière et près de mille sept cents personnes en ligne, l’événement a montré qu’un projet solide et argumenté peut susciter un réel intérêt, même sur un sujet industriel.

C’est aussi cela, la planification socialiste : un travail exigeant, fondé sur la rigueur scientifique et loin des slogans faciles. D’où la nécessité, pour le parti, de se donner les moyens de mener pleinement ce travail de planification.

Pour notre part, nous poursuivons avec le plan climat le travail de concertation engagé il y a deux ans. Il s’appuie déjà sur près de deux cents initiatives de présentation et de formation à travers la France, de nombreuses contributions et une centaine d’auditions de commissions du parti, ainsi que de personnalités du monde du travail et de la recherche scientifique. Nous prévoyons une restitution de ce travail en juin 2026, en vue de l’édition d’une deuxième version du plan climat en novembre 2026. 

Amar Bellal est membre du comité exécutif national du PCF, chargé de l’Écologie.

 

Cause commune47 • janvier/février 2026